samedi 13 juin 2015

À la poursuite du Saint Graal ... dernière qualif pour PBP !



Prologue

C'est la dernière épreuve pour obtenir notre laisser-passer pour PBP 2015. Oh bien sûr, il y aura une 2ème chance dans 2 semaines mais tous ceux qui ambitionnent d'aller faire un tour en France en Août prochain se sont présentés au RV. Nous voilà donc 26 mongol(e)s prêts à en découdre pour cette méchante ride de 600 bornes qui va durer 1 ou 2 jours d'effort selon les performance de chacun.  

Jour J, heure H, nous voilà donc partis à la poursuite du Saint Graal !














Chapitre 1

29 de moyenne pour débuter un 600

(St Lambert - St Césaire km 55 à 7h00)

La météo annoncée est super clémente, vent faible d'ouest à l'aller, vent faible de nord - nord-est au retour, aucune précipitation, température normale pour la saison. Autant dire qu'on va bâcler ça royalement, les doigts dans le nez, les oreilles dans le plâtre, les doigts de pied en éventail !!! Le départ de 5h02 se fait groupé, mis à part quelques bolides à l'avant qui n'apparaissent dans mes récits qu'à cet endroit. Ciao-bye amis Perman, Marion 1 et 2. Ça papote dans le peloton d'une vingtaine d'unités, ça parle de vélos, de PBP, des misères des derniers brevets, étonnant non ! On ressent un peu de fébrilité, de la concentration, le souci de revenir à notre point de départ sans anicroche. Et surtout de rentrer dans les délais qui sont de 40 heures, pas une minute de plus cette fois-ci car le parcours fait 600 km tout rond. 

Nous connaissons la route par coeur jusque Richelieu car maintes fois roulée sur les 300, 400 et bien sûr le 600. La moyenne monte doucement mais sûrement à mesure qu'on s'éloigne de la banlieue. Avec ce zéphyr favorable quoique faible, mon Garmin affiche presque le 29 de moyenne et s'y tiendra jusqu'au contrôle. Un peu de route défoncée, un peu de garnotte et nous voici déjà à St Césaire, moins de 2 heures après notre départ.

Chapitre 2

Le Mont Orford en apéro

(St Césaire - Magog km 143 à 11h30)

Le gros du peloton est vite reparti après le check point, on dirait que le mot d'ordre est donné, arrêt minimum au contrôle tant qu'on a la frite, mais ça ne durera pas. J'ai juste le temps de m'enfiler un Perrier, de retirer mon chandail long car j'ai trop chaud, que nous nous retrouvons à 2 avec Benoit de Québec. Il restera mon fidèle compagnon pour tout le brevet. Gaby aurait dit mon fidèle écuyer comme dans les Visiteurs, un de ses films fétiches et comme dans son premier et dernier récit du 400 de la semaine passée. 

Bon Ben, nous voilà déjà en duo mais nous ne sommes pas les derniers. Il me semble qu'il reste derrière Jean et Gaby le sus-nommé qui en est à son premier flat du brevet, faut pas changer les habitudes, quelle poisse ce Gaby. Sur la piste cyclable proche de St Paul d'Abbotsford, nous rejoignons Yves et MC partis un peu avant nous. Nous roulons ensemble jusque Gramby, pas d'arrêt cette fois-ci, faut engranger les kilomètres prestement. Les premiers reliefs commencent à poindre, mes 3 compagnons me distancent car je ne force pas, LSD que je me dis. Qui veut aller loin, ménage sa monture et surtout ses biscottos, ses muscles en bon françois. Y a aussi, rira bien qui rira le dernier, des proverbes à 2 sous, j'en ai plein ma sacoche, c'est pour ça qu'elle est si lourde. 

Peu avant Waterloo, nous perdons Y-MC de nos rétroviseurs pour arrêt inconnu. Peu après Waterloo, ils nous repassent devant ainsi que Jean et Gaby car nous avons stoppé au dépanneur du 400. J'apprécie les toilettes de la tite dame asiatique. Et un autre Perrier derrière la cravate. Puis c'est la boucle du Mont Orford que nous nous offrons en apéro, histoire de s'ouvrir l'appétit. Nous revoyons Gab ahanant dans la montée de la station de ski. Il est juste à 100 mètres, nous le touchons presque du doigt. S'en suit l'énivrante descente sur Magog, et qui dit descente, dit Gaby bolide. Il est intouchable alors nous attendons la prochaine bosse pour le griller peu avant la cité balnéaire. Je lui dis qu'on s'arrête au Subway pour casser la croûte. Bon chien-chien Gaby reste gentiment dans ma roue car il ne connait pas son emplacement ! À 200 mètres du Sub, nous grillons également Yves et MC, ce qui me permet de m'engouffrer en tête pour passer ma commande, yeah !

Chapitre 3

Rabais de 5 km offert par Miss Météo

(Magog - Cookshire km 229 à 15h15)

Après le repas, repus et reposés, nous repartons. Et bien oui, on va pas dormir là. Nous entamons les choses sérieuses maintenant, nous sommes 5, Ben, Gab, Yves, MC et moi, puis rejoignons Uriah à Ayers Cliff. 2ème incident pour Gab, son phare avant allemand se desserre et il a besoin d'une clé tork, désolé mais je n'ai pas cela. C'est Uriah qui joue le bon samaritain. Avec Gaby, aventure garantie. La température s'intensifie, ça chauffe sur les cocos en montant côte après côte et ce n'est qu'un début. Massawippi, Hatley par la route 208, celle qui était critique à cause des fortes pluies et des inondations de cette semaine. Dans le bas de Compton, il y a encore des champs inondés et par chance, la route surnage par dessus ! C'est à cet endroit que j'établis ma pointe de vitesse maxi, presque 76 km-h. 

Arrêt contrôle à Compton, nous y retrouvons Jean et Nathaniel, nous nous rassasions à l'ombre sur les tables. Des bouteilles d'eau, à moitié pleine ou à moitié vide selon l'humeur, laissées par les précédents randonneurs, s'entassent. MC-Y vont pointer et bouloter un peu plus loin, ils nous snobent les bougres. Jean nous raconte l'épisode de sa chaussure à la sangle brisée réparée grâce à l'ingéniosité québécoise, Das Tie-rap. Mais le mal est fait, il a une jambe de maganée pour avoir trop tiré dessus. À la fin de l'histoire, Jean et Nat décampent alors que Gaby et Uriah surgissent, c'est un chassé-croisé de cyclos. J'ai remarqué que ça roulait beaucoup en binôme, à deux c'est ce qu'il y a de mieux. Au delà, la zizanie pogne !







C'est donc à 2 que nous poursuivons notre chemin qui ne passe pas cette année par Martinville, route barrée car effondrée. Cela nous sauve ainsi 5 kilomètres et une bonne côte à la sortie du bled, merci Miss Météo. Nous retrouvons notre couple dans une énième bosse, nous roulons quelques kms ensemble puis MC s'arrête pour besoin naturel à Ste Edwige. Nous ne nous recroiserons qu'au motel de Mégantic. S'en suit une belle bosse de 3 km qui rattrape la 253 Nord et nous amène à Cookshire en jouant à saute-moutons. Nous jetons notre dévolu sur le Subway climatisé et désert donc pour nous tout seul. Plein de fuel, post sur Facebook, texto à Marielle. Ma cocoon s'en va faire la Cyclo San Donato demain sur la route du Nordet, de la bosse à haute intensité comme elle aime, elle va s'éclater la belle chanceuse !

Chapitre 4

Quelques côtelettes avant le dodo

(Cookshire - Lac-Mégantic km 323 à 21h15)

Pour nous, ce ne sera pas la San Donato mais le toboggan de la route des sommets, la numérotée 212 toute droite dans l'axe ouest-est, défiant le relief, digne des chaussées romaines. Nous voyons partir dans ce parc de jeu, Jean et Nathaniel suivis par Gaby mais pas de Yves et MC, sûrement en pause à l'IGA. 

Ben et moi nous mettons chacun dans notre bulle, il prend les devants. J'apprécie ma musique à sa juste valeur, je rentre en communion avec mon être, le corps dédié à l'effort, la tête dans les nuages, je suis bien. Une sorte de méditation pleine conscience m'envahit au fil des montées et des descentes, tout est parfait. Même ma selle ne me fait pas souffrir, une chance que j'ai récupéré mon ancienne Brooks la veille du brevet, réparée par un Yéti. Je l'ai réinstallée vite fait bien fait, et ce fut un bon coup. Il est trop cool mon hamac, comme je l'appelle, en constatant sa forme bien incurvée ! 


En arrivant sur la Patrie, on aperçoit Gaby, alors Ben fait la jonction avec lui. Je les garde en point de mire jusque Notre Dame des Bois ou je grille enfin mon calinours préféré qui étraine sa nouvelle cassette de 30 dents. Pause dépanneur, crème glacée, Perrier et reste d'un croissant au jambon. Nous nous délectons de la vision de Nathaniel arrivant en zig-zag dans le gros pourcentage. Il est 19h30, d'après mes calculs nous arriverons à la tombée de la nuit à Mégantic. La fraicheur du soir nous surprend, je me rhabille plus chaudement pour être confortable dans les descentes rapides. 

Départ des 4 gars motivés pour les ultimes grimpettes du parc national, quand y en a plus, y en a encore. Nous lâchons logiquement les 2 poids lourds dans ces dernières côtelettes avant le dodo. Enfin nous dévalons sur Woburn, pas d'arrêt loupiotes, nous sommes déjà parés. Gaby en a profité pour nous rattraper et nous dépasser à une allure soutenue. Ben lui emboite le pas, je traine derrière, pas envie de me défoncer. 

Je profite du paysage, je prends quelques photos du coucher de soleil sur le lac Mégantic, le ciel est magnifique, quelle quiétude. Je pluggue mon iPhone en manque de jus sur mon Bolt pour continuer de me faire bercer par ma musique et envoyer des signaux GPS pour mon tracking. 




Enfin Mégantic et son dédale de nouvelles rues, conséquence du centre ville ravagé par la catastrophe ferroviaire de 2013, je file jusqu'au contrôle du Tim, il est 21h15. Je croise Jean sur le point de repartir. Tu as perdu ta gang ? me lance-t-il. En effet, Gab et Ben arrivent quelques minutes plus tard, perdus dans le labyrinthe de la cité lacustre. Apparemment Gaby a toujours du mal avec son Garmin, va falloir qu'il s'offre une formation GPS 101. C'est pourtant pas compliqué de suivre un trait de couleur sur un écran, me semble. Je dévalise le Tim, gros sac garni de victuailles pour le souper et le déjeuner demain matin puis je fonce au motel distant de 500 mètres. 

Chambre 30 du Quiet, Gab me rejoint quelques minutes plus tard. Ben a réussi à avoir une chambre, une chance que le motel n'est pas plein. Et le chanceux va dormir solo, pour nous ce sera en duo dans un seul paddock. Douche, repas récupérateur et zou au lit, une serviette autour de la taille, j'ai oublié de prendre mes bobettes. 

Excités comme des puces, pas à cause de nos corps nus mais plus certainement à cause des boissons trop énergisantes bues dans la journée, nous avons du mal à nous assoupir durant ces 4 heures de repos. J'essaie de faire le vide pour basculer dans les bras de Morphée mais rien à faire. Un refrain trotte dans ma tête. Oh Gaby, Gaby, tu devrais pas m'laisser la nuit, j'peux pas dormir, j'fais qu'des conneries. Oh Gaby, Gaby !!! Merci Alain Bashung. En tout cas, cette stupide insomnie va sûrement me rattraper plus tard !


Chapitre 5

Fait noir, fait frette, faut pas niaiser

(Lac-Mégantic - Lennoxville km 414 à 7h15)

2h20, nos 2 iPhones sonnent à l'unisson mais avec des musiques différentes, quelle précision suisse. Déjeuner rapide avec café, merci Gaby mon fidèle écuyer, habillement des preux chevaliers, équipement des destriers. Ben nous rejoint pour 3h, le timing est respecté. Il nous dit avoir vu repartir Yves et MC quelques minutes plus tôt, les petits vlimeux.





Nous partons à leur poursuite le couteau entre les dents. Nous fendons la nuit noire, fait frette et faut pas niaiser, l'objectif étant d'arriver à Lennoxville avant 8h30. Malgré notre allure rapide, il nous faudra presque 30 km pour rattraper nos 2 échappés à la faveur d'un arrêt, ils n'ont pas chômé les bougres. Le thermomètre plonge a 2 degrés dans les descentes, mieux vaut être bien couverts, ça caille ! Stop a Scotstown pour un petit refill déjeuner. Nous ne voyons pas passer nos 2 poursuivants, z'ont du aussi faire une pause. Nous ne les reverrons plus de la ride sauf Gaby dans le chemin des Pères.




Le festival des bosses se poursuit, nous perdons Gab, comme d'hab j'ai envie de dire, et ben je le dis ! Notre duo avec Ben fonctionne à merveille, ensemble comme un seul homme. Le soleil se lève sur Bury, la jonction avec la 108 nous ramène à Cookshire-Eaton. J'aperçois un gars zig-zagant dans le raidillon du village encore endormi, vous m'avez compris, c'est bien lui, notre Nathaniel, il est fou ce romain. Il va se casser une tite graine au dépanneur. Nous continuons la 108 nous conduisant drette sur Lennoxville. Vers 7h, nous passons devant l'Université Bishop, nous pensons aux copains qui ont dormi après 420 bornes. Je préfère de loin dormir à Mégantic, c'est beaucoup moins crevant mais plus stressant pour l'horaire. D'ailleurs nous saluons Olivier C, Ralph et Trevor qui remettent en route. 

Contrôle au Esso-Tim ou nous reprenons notre déjeuner car il est trop tôt pour le Subway qui n'ouvre qu'à 8h. Crotte !!! Nous nous installons sur le trottoir avec un bon café, un sandwich, un yogourt ... et des crottes de fromage. Gatsby le magnifique arrive un quart d'heure plus tard. 


Chapitre 6

Carbonisé dans la fournaise

(Lennoxville - Cowansville km 512 à 13h30)

On s'est déshabillé avant de repartir de Lennox, une bonne côte de 3 bornes nous remet à bonne température. Puis c'est le radio guidage par GPS car Jeannot s'en est donné à cœur joie pour tracer le parcours. Ça ne m'étonnerait pas que certains se soient égarés et pestés dans cette suite interminable de carrefours, comme ce fut le cas des Clément, l'année passée. Enfin un peu de plat en arrivant à Magog, ça nous permet de pousser la machine, d'autant que le vent de nord - nord-est est présent au RV donc favorable. 

Nous retrouvons le même Subway de la veille, il n'a pas bougé et nous y recassons la croûte. Y a pas le feu au bocal, nous sommes dans les temps, si près du lac. M'écrire si vous ne l'avez pas catchée celle-là. Pas de trace de Gaby mais il m'envoie un texto pour me dire qu'il ne retrouve pas le fameux Subway. Même qu'il s'est fait enfirouaper en demandant son chemin, mais bon sang, t'as un GPS ! Anecdotiquement, il m'envoie aussi une photo du clou coupable de sa 2éme crevaison, encore une bad luck pour notre lucky Gab.



Trèfle de plaisanterie, il nous faut à présent s'extirper de Magog par la côte, plutôt le mur de Southières, je pense la plus pentue avec la montée de NDDB (NDLR, Notre Dame Des Boires). Short but sweet comme dirait l'autre, qui déjà ? Le chemin des Pères s'en suit, belle vue sur le lac Memphrémagog et les jolies cyclotes sillonnant le secteur fort achalandé. Succession de côtelettes en tout genre jusqu'à Austin puis Bolton Center, et comme toujours, nous sommes carbonisés dans cette fournaise. Le thermomètre du Garmin m'indique un maxi de 37 degrés, pas pire après les 2 degrés de cette nuit, Québec, pays des contrastes. Enfin le relief va se calmer mais la 243 passagère et mal pavée finit par nous déshydrater. Un arrêt au dépanneur de Knowlton est le bienvenu, vite une autre crème glacée dans le gosier. Dernier rush sur la 104 a bonne allure pour en finir avec Cowan cette barbare et l'avant dernier contrôle. 


2 heures avant l'heure limite, pas de panique, tout va bien. Dépêchez-vous ceusse qui sont encore derrière, les minutes s'allongent dangereusement. Yogourt, croissant au jambon, thé glacé aux agrumes, oh l'espace cellier! et un cappucino glacé, oups petite erreur ! Bien pour la dose de caféine mais mauvaise idée pour la glace qui me gèle le cerveau. Nous voyons Bernard pointer le bout de son nez. Il dit en avoir bavé dans les côtes, ah bon, y en a par icitte ? Il pointe donc et repart aussi vite qu'il est arrivé. Faut dire qu'il sortait d'une sieste réparatrice d'une heure dans l'herbe accueillante, peut être à méditer. Au tour de Gaby de se pointer, il nous raconte ses misères habituelles. Mais désolé Man, on doit y aller. 


Chapitre 7

Je cogne des clous sur mon biclou

(Cowansville- St Lambert km 600 à 18h49)

C'est reparti sur la 104 jusque Farnham, vent moins favorable, faut davantage pousser sur les pédales. Quelques relais en duo, les miens sont moins appuyés car je commence à cogner des clous sur mon biclou, le manque de sommeil m'a rattrapé. Il me faut faire des efforts pour garder les yeux ouverts, peut-être y arriverai-je avec des allumettes, des cure-dents ou pourquoi pas Das Tie-rap ! Mais pas question de m'arrêter et de m'assoupir. Sur le chemin de Yamaska, un cyclo nous rattrape, sûrement Gaby, mais non, c'est Bernard. Il a encore dû roupiller quelque part celui-là ! Apparemment il n'a plus sommeil car il nous largue sans problème. Ben me parle de temps en temps pour savoir si je ne me suis pas endormi sur mon vélo. Pas de problème, j'en ai vu d'autre, ça va passer. 

Vite, St Césaire et son Sub pour m'énergiser. Le temps de commander et s'attabler que revoilà Gaby, toujours le même pattern. Revigoré et réveillé, on repart sans lui. Un petit détour par le golf de St Césaire, quelques bords pour rejoindre Marieville et voici la 112 achalandée en cette fin de week-end. Ça va mieux pour moi, la fatigue s'éloigne et on élève la moyenne. Je propose à Ben un dernier arrêt magnum classique à Chambly qu'il accepte sans broncher.



Assis sur le trottoir à suçoter nos esquimaux, nous regardons passer béatement Gaby. Shit, il va finir avant nous, l'animal. Pas grave, nous sommes largement dans les délais et je calcule qu'on peut arriver avant 19h. À St Hubert, je prends les commandes et accélère la cadence, les nombreuses lumières m'énarvent. Une bonne musique entre les oreilles (Incubus-The company of wolves) me booste d'aplomb pour pédaler comme un fou sur Boucher, Milan, Lapinière et Victoria, nous touchons au but.


Épilogue

Presque pas mal nulle part, les jambes tournent sans douleur, très peu d'inconfort pour les fesses, merci old Brooks. Serai-je capable d'enchainer un 2éme 600, ça reste à voir. Honnêtement je pense que le corps est capable, il suffit de programmer le cerveau sur 1200 km et roule ma poule, la répartition de l'effort s'établit en conséquence !

Dernière signature sur notre précieux carnet de route à 18h49. High-five et embrassade avec mon pote Ben, je pense même pas à immortaliser l'instant dans l'euphorie. Ce sera pour la prochaine fois. Lui rejoint la voie maritime, moi mon condo pour boucler les 600 bornes à 23 de moyenne, pas pire pour ma modeste carcasse, meilleure perf sur la distance. Je suis chaud pour l'autre 600 dans 2 semaines, même pas peur, même plus sommeil ! Quelle belle machine que le corps humain ! Yeah, nous avons obtenu notre laisser-passer, notre Saint Graal pour Paris-Brest-Paris Randonneur 2015. Reste plus qu'à le terminer. Mais ça, c'est une autre histoire ...

Nous apprendrons par la suite que Yves et MC ont fini dans les délais, nous avions tous prié pour qu'ils réussissent cette étape obligée après tant d'entrainement, de courage et de détermination. Good job les amis !

Quant à notre Gaby national, quasi héros de ce récit, il a terminé juste 8 minutes avant notre duo. Morale de l'histoire, rien ne sert de dormir, il faut partir à poil !!! 

Et un dernier couplet pour la route : Oh Gaby, Gaby! A quoi ça sert la frite si t'as pas les moules, ça sert a quoi l'cochonnet si t'as pas les boules, Ho, Ho, Ho ;-)))


samedi 23 mai 2015

Plein la gueule ? Non, plein mon cul !

Réveil 3h30, déjeuner, prépa-ration des boissons et de la sacoche de vélo, encore fortement gonflée. Dernière analyse de la météo pour ce brevet de 400 partant vers l'est, fort vent à dominante ouest s'intensifiant en soirée, ça promet pour le retour. En plus, la température s'est refroidie ces derniers jours, et celle-ci va avoisiner le point de congélation pour notre départ. C'est donc habillé en long de la tête au pied que je quitte l'appart à 4h30 afin d'aller rejoindre mes compagnons d'infortune au parking de la voie maritime, distant de 5 km, bon galop d'échauffement. 

Beaucoup de monde pour ce premier 400 de la saison, ça sent le PBP. Personne ne veut manquer ce RV, aussi pour se donner une autre chance en cas d'abandon pour raisons diverses. Salutations de la grosse vingtaine de cyclos et cyclotes, y a de la bonne humeur à se retrouver, tous complices de ce genre d'exercice poussant nos organismes dans leur retranchement extrême. On a signé, c'est pour en chier, telle est la devise qu'on devrait inscrire sur nos maillots en guise de ralliement !









Km 0: Départ à 5h03 (dixit le Garmin), la hiérarchie des force en présence se met en place. Pas de folie pour moi, 400 bornes, c'est long. De plus, ce brevet est côteux à souhait, surtout quand on l'a fait plusieurs fois et qu'on connait par cœur les endroits ou ça va faire mal. Mes amis mongols Yves et MC la jouent safe aussi (dixit Marcus, Ride safe). Ils roulent déjà à leur rythme, derrière, je ne les reverrai pas de la ride. 

Km 10: Je me retrouve dans la deuxième moitié des effectifs avec Ralph, Olivier, René et Benoit, vent favorable de nord-ouest pour quitter la banlieue, ça roule facile. Je fais connaissance, enfin surtout mes fesses, avec ma nouvelle selle Brooks car mon ancienne a du se faire réparer, vis de tension brisée, et cela prendra un certain temps. J'aurais du prévoir le coup et changer ma selle à l'inter-saison, ça m'apprendra. Espérons que je ne vais pas souffrir le martyr, à suivre.

Km 18: Olivier le frenchy, arrêté pour une pause pipi, se joint à nous. Pas de pitié pour les vessies sensibles dans un paquet ! 

Km 30: Un peu plus loin, je stoppe aussi pour pisser un coup, plus capable. Je perds donc mes compagnons du moment et me retrouve seul. En traversant le Richelieu, je suis suivi par Uryah Mark, un habitué des brevets, il a déjà tenté un PBP qu'il a échoué, il s'y était même perdu sur le parcours. Uryah est noir, ce qui est rare dans les brevets du CVRM, il est aussi peu bavard, peut être parce qu'il est anglophone. 

Km 35: Encore un cyclo arrêté pour arroser le gazon, c'est René ! Il se joint à ma récente solitude, ainsi qu'Uryah qui avait soudainement disparu du radar. 

Km 50: Papotage avec René, ça passe le temps tandis que ça roule facile. On stoppe à nouveau, deuxième arrêt pipi pour moi, ça devient pénible. Uryah n'a pas envie d'uriner, il continue seul. 

Km 65: C'est au tour de Jean et Martin Dugré d'arriver par l'arrière. On échange quelques mots et ils ne tardent pas à nous planter là. 

Km 80: Premier raidillon, chemin de gravelle, des roches ont été saupoudrées récemment, faut faire gaffe de ne pas déraper. 

Km 88: Arrêt banane ... et pipi, afin de se délasser les jambes et le reste avant les côtelettes du chemin St Armand.



Km 105: Contrôle 1, Frelighsburg, 9h15. Moyenne de 26 et on n'est pas brûlé pentoute grâce à ce vent favorable. Nous croisons Gaby qui vient juste de repartir pour affronter le relief à son tempo, il est en effet assez lent quand la route s'élève. Les rapidos sont déjà loin, nous retrouvons Ralph, Olivier et Benoit qui bricolent. Jean et Martin Dugré nous saluent et crissent leur camp sur leur beau Marinoni titane. Uryah arrive après nous alors qu'on le croyait devant. S'est-il encore perdu ? J'avale mon reste de grilled cheese en buvant mon premier pepsi de la journée ainsi que la moitié d'une kitkat. 





Km 125: Escalade de la Joy Hill à la moulinette, y a de la joie ! La forte tension de ma selle Brooks flambant neuve me donne de nouveaux appuis, mes muscles semblent travailler différemment et mes ischions s'en ressentent. Je vais peut être le payer par la suite. Je m'étais pourtant juré de ne toucher à rien de mon fit actuel. Quand tout va à merveille, pourquoi changer une solution gagnante. Mais la vis brisée de ma selle en a décidé autrement ! On poursuit en descendant sur Abercorn et en remontant la Scenic, j'accompagne le grimpeur du Bas Saint Laurent. Puis nous basculons dans la vallée de la Missisquoi, wind in the back, yeahhhhh ! C'est un trou de verdure ou chante une rivière ...

Km 148: Stop au dépanneur de Mansonville, je m'offre un Perrier-sandwich. Ralph et Olivier repartent aussitôt. Benoit et Gaby, tiens un revenant, nous attendent pour repartir ensemble. 




Km 152: Après deux bosses, Gaby a déjà disparu par l'arrière. Faut dire que René, le voltigeur de Rimouski, se déchênes ;-). Il a un bon coup de pédale le bougre, et quand ça grimpouille un tantinet, il faut s'accrocher à ses basques pour ne pas se faire larguer. On continue donc à 3 avec Ben, nous resterons dans cette configuration jusque St Césaire. 

Km 164: On rattrape un autre cyclo perdu dans la nature vers Vale Perkins, c'est Martin Lemay, relativement épuisé qui roule au ralenti. Ça l'apprendra a vouloir suivre plus costaud que lui en début de brevet, on paye le prix par la suite, j'ai déjà donné, merci. C'est son premier 400 au CVRM, alors soyons indulgent, faut que l'expérience lui rentre dans le corps ! Surtout qu'on n'est pas encore au bout de nos peines, beaucoup de côtes à gravir encore, jeune Jedï ! 

Km 170: Les côtelettes les plus pentues sont franchies, nous roulons vers Bolton Centre et avalons un autre breveteux peinant dans les côtes, c'est l'ami Bernard. Il se joint à notre trio, dans la descente, merci Newton ! 

Km 178: On retrouve la 243 Ouest, synonyme de vent en pleine gueule. Alors le quatuor s'organise en prenant des relais, chacun son tour, y'en aura pour tout le monde. J'aime ça, cette solidarité dans l'effort, chacun fait sa part pour l'avancement du groupe, ça me donne envie de pleurer tellement c'est beau !

Km 190: J'ai décidé de breaker au dépanneur de Lac Brôme afin de se requinquer avant le dernier rush vers Sutton. René et Ben acquiescent tandis que Bernard continue solo. Perrier, popsicle, amandes et l'inévitablle pipi !




Km 198: Bifurcation sur 215 Sud. On rencontre des cyclos, les notres, de retour de Sutton : Martin Doyon le requin jaune, David l'Albertain buveur de bière, Olivier le philosophe frenchy, Michel et France roulant roue dans roue. Les chanceux, ils ont plus d'une heure d'avance sur nous d'après mes calculs, certainement deux heures à l'arrivée, ce qui se confirmera, ça sert de savoir compter, hein mon Jean !

Km 210: Contrôle 2, Sutton, 14h45. IGA, c'est l'heure de se refaire une santé, je suis affamé. Même menu qu'au 300 au même endroit, sandwich-jambon, taboulé, salade de fruits, pepsi, la formule gagnante. Qu'on est bien au soleil par ce froid de canard, nous ne quitterons pas l'équipement long de toute la journée, cagoule comprise. On retrouve Olivier et Ralph qui repartent avant nous. Ou est passé Bernard ? Certainement au Subway. Recharge de mon GPS et de mon cell avec mes 2 Bolts de Fluxmob, souvenir du cyclo Sindré d'un 300 mémorable. Marielle vient aux nouvelles par texto de temps à autre, je l'informe de notre progression. J'ai pourtant lancé mon application de tracker sur mon iPhone mais elle ne capte pas le réseau dans son lieu de villégiature proche de la frontière. Mais elle m'envoie des textos ...



Km 225: Nouveau départ sur la 215, Nord cette fois, le vent est de côté, ça roule bien. On coupe la 104 pour monter sur le chemin Brôme. Chacun reprend son rythme dans les côtes, René et Ben devant, je ferme la marche puis je les rattrape dans les descentes, je suis le na-nard de la bande. Mon vélo semble filer plus vite que les leurs, sans forcer, serait-ce à grâce à mes nouvelles roues CXP33, plus aérodynamites ?

Km 235: À tribord toute sur le chemin Fullford, vent arrière, encore ! Mais la route est maganée, ça gâche le plaisir. Un dernier rush sur la 243 Nord et voilà Waterloo, morne plaine !

Km 248: Olivier et Ralph sont encore là mais aussi le père, le fils et le st Esprit Clément, signe qu'on rattrape du monde peu à peu. Rien ne sert de courir, il faut partir à point, comme dans le Lapinou et la Tortue de Jean-Robert de la Fontaine ! Pause Perrier x 2, magnum classique et crottes de fromage, superbe cocktail pour alimenter le moteur à explosion. Les 4 repartent avant nous puis notre trio poursuit sa route.





Km 265: Le dernier droit vers Eastman sur la 112 est franchi, le vent nous pousse encore. Nous attaquons le chemin Bonnallie, joli petite route jouxtant le parc du mont Orford, donc bien vallonnée. Mes 2 compères s'éloignent peu à peu à force de grimper à répétition, je monte à mon rythme, ils sont plus véloces que moi, je dois me résigner et ne pas me mettre dans le rouge, LSD !

Km 278: Jonction avec la 220 Est, mes acolytes m'attendent car nous attaquons la direction soit-disant éventée. Nous allons collaborer ensemble, belle solidarité, merci les copains.

Km 288: Ste Anne de la Rochelle, les côtes se succèdent et le vent n'est pas si fort qu'escompté, serait-il en train de baisser, nous sommes un peu déçus ! Je joue à l'élastique derrière mes compagnons. Descente en leader sur Warden, yeahhhh !

Km 298: Rue du Pont et les 6 derniers kilomètres de bosselettes se profilent. Une belle saloperie après tout le relief qu'on s'est empiffré durant la journée, quelques 2700 mètres de dénivelé pour ce 400, un amuse gueule pour le 600 qui en compte presque le double. 


Km 304: Ouf, on retrouve la 112 ! René et Ben ont continué sans m'attendre, RV au Sub de Granby. J'ai droit à un magnifique coucher de soleil sur les monts au loin, arrêt photos, méditation et crottes de fromage. Je termine mon Perrier de secours fixé sur le dessus de ma sacoche, je mets mes loupiotes, être vu, c'est la vie ! Agréable descente sur Grammebaie, comme on dit icitte, fouille moi pourquoi y'a un N et pas un M ! Chus pas trop freiné par le vent, celui-ci brille par son absence.




Km 315: Arrêt Subway avec mes amis, histoire de casser la croûte et l'étape de 100 bornes en 2. Nous fêtons aussi l'arrivée de cette douce nuit. On recharge les accus, soupe boeuf-orge, yogourt-céréales, biscuits chocolat blanc-noix de macadame, mes préférés, accompagnés d'une boisson en fontaine. Repus, nous repartons par la piste cyclable by night, j'adore !




Km 326: Deux lumières clignotantes virevoltent au loin. J'accélère pour voir qui c'est, car oui oui, y 'a encore de la puissance sous le capot, je viens de faire le plein. Ce sont les Clément qui se sont aussi arrêtés, mais au Mc Do. Après contrôle d'identité, nous les laissons filer à l'anglaise, all correct. Je mène la danse sur la piste faiblement éventée et en faux plat descendant, y'a pas de mal.

Km 345: Contrôle 4, St Césaire, 22h30. René termine le travail jusqu'au Tim, Ben est resté sagement dans les roues pendant 30 bornes, il se réserve pour le final. On retrouve  l'éternelle paire en OR, allongés sur la banquette à roupiller, un par banquette ! Dernier picnic, café, roussette et yogourt. Ultime rush vers la métropole, on a le temps d'accrocher le duo infernal Ralph et Olivier.

Km 358: Tel qu'annoncé, Benoit prend un bon relais qui donne le ton du retour, ce sera du 25 à 28 de moyenne malgré une légère résistance venteuse. On a été chanceux, la météo prévoyait des vents violents s'amplifiant dans la nuit, miss météo s'est plantée. Dommage pour les plus rapides qui s'en sont pris plein la gueule, parait-il. Les lumières de Richelieu pointent au loin. Ça roule à fond de train même si ça tire dans les jambes et que mon postérieur me fait jouir depuis plus de 200 bornes. Je n'arrête pas de me lever de ma selle, ce qui me fait gonfler la main droite à force de prendre appui, vive le vélo. Cependant, je serre les dents et je m'accroche, que c'est beau la souffrance humaine.

Km 375: Voilà le toboggan de la 30 et St Hubert tout illuminé. Les derniers coups de pédale en banlieue et bientôt l'arrivée.

Km 390: Contrôle 5 et final, Tim de Brossard, minuit 58. Yes !!! Moins de 20h (19h58) pour faire ce 400 au rabais, pour le kilométrage s'entend. On se congratule, on se selfie. 

Good job, les boys !!! 



Pensée émue pour ceux et celle qui sont encore sur la route et doivent encore se défoncer pour rentrer aux aurores. J'ai déjà donné, merci.

Ma forme physique est bonne, en revanche mon arrière train est en compote. Vivement que je reçoive ma selle réparée par le Yéti pour le 600 dans 3 semaines. Ce sera la 4éme et dernière étape pour notre qualification au PBP 2015. La lumière est au bout du tunnel, amis mongols !


Retour au bercail à 500 mètres de là, suis chanceux, suis le régional de l'étape. Douche, collation encore, canapé devant le Giro puis dodo, je m'en vais rejoindre les bras de Morphée.