Toute la semaine, le sujet principal de discussion a été la météo. Et plus particulièrement celle de samedi quand va se dérouler le 3ème opus de la saga des brevets, le 300 bornes. Faut dire que ces derniers jours au Québec, les inondations dues aux pluies diluviennes ont pris une place importante dans les journaux d'informations, on n'avait pas vu ça depuis 40 ans. Bref, les prévisions ne sont pas engageantes, beaucoup d'eau et de vent au menu à cause de cette foutue dépression venue des États Unis et je ne parle pas de Trump. La question existentielle était à nouveau de sortie, j'y vais ou j'y vais pas ? Le vendredi soir, dernier examen de Météomerdia, on peut passer à travers si nous avons de la chance. Aussi pour moi, c'est un Go !
Jour J, 4h45, je me pointe sur la ligne de départ. Nous sommes une douzaine de breveteux aguerris prêts à relever le défi des 300. Fred se prépare à l'arrière de son char, on discute un peu. Je me surprends à lui confier un ressentiment provenant certainement de mon subconscient. Les brevets commencent à me tanner pour plusieurs raisons. D'abord les parcours du club sont toujours les mêmes, quoiqu'une lueur d'espoir est apparue avec la légère modification du 200. Ensuite le stress que ça provoque en moi quelques jours auparavant, la pensée de rouler par tous les temps, y compris la nuit, je n'y trouve plus de plaisirs dernièrement. Après avoir réalisé 9 brevets pop, 14 brevets de 200, 9 brevets de 300, 5 brevets de 400 dont un abandon, 5 brevets de 600 dont un abandon programmé et enfin un PBP réussi en 2015, je pense que je n'ai plus rien à prouver, surtout à moi-même. En fait, ce qui m'encourage cette année à y participer, c'est le plaisir de conduire mon nouveau bécyk Piuma récemment acheté et le désir d'améliorer mes temps sur les différents parcours. Il faut bien se donner de nouveaux défis, sacrebleu.
Ceci étant dit, le départ est donné à 6h03, personne n'a l'air pressé de partir. Ça commence plutôt bien car malgré un ciel menaçant, nous pédalons au sec. Je roule avec ma gang de cyclos assidus des derniers brevets, Ralph, Olivier C, Marc, Yvon, Martin L et Martin D, deux nouveaux se sont joints à nous, Carl et Jonathan. Fred a deja lâché les chevaux. Quant à Jean, Gilles et Simon, ils ferment la marche.
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| Les 11 braves du 300 + 2 manquants (Photo CVRM) |
Dès les premiers coups de pédale, je sens que ça ne va pas bien. J'ai du mal à suivre mes compagnons, mes pulsations sont anormalement élevées. Certes nous roulons entre 28 et 30 à l'heure avec un vent défavorable venant de l'est mais il n'a pas l'air si fort. Serait-ce dû à ma sacoche et son rack Arkel récemment installé après ma selle, le tout devant peser entre 3 et 4 kilos ? Est-ce dû à un mauvais entraînement cette semaine, trop ou pas assez, je n'aurai pas récupéré assez de force ? Ou est-ce mon organisme qui est affaibli à cause de je ne sais quoi, handicap physique ou psychologique ?
Toujours est-il qu'après 20 bornes dans les roues, moyenne de 27 ;-), je me fais larguer à la régulière dans un faux plat longeant la 10. Me voilà seul, face au vent. Pourtant il me faut baisser le rythme cardiaque parce qu'il y a encore 290 kms à parcourir. Comme pour arranger les choses, il se met aussitôt à pleuvoir avec pas mal de nuages gris a l'horizon annonçant un futur immédiat relativement humide. Sur le boulevard industriel ramenant à Chambly, je m'arrête pour pisser, Jean me dépasse sans me voir.
En rattrapant la 112, j'aperçois des cyclos pas très loin, sûrement le regroupement de Carl, Jonathan et Jean, mais impossible de hausser le rythme pour les rejoindre. Ça ne tourne pas rond dans mes jambes et dans ma tête, je commence à gamberger. Le constat est simple, qu'est-ce que je fous là, je n'ai pas de plaisir !
A Marieville, km 39, je dépasse Marc qui répare un flat, accompagné de Ralph et Martin L qui l'attendent. Pas envie de m'arrêter, je vais prendre un peu d'avance. Dix minutes plus tard, ils me rejoignent avec Gilles et me larguent sans un mot. Nouveau coup au moral. Je rallie St Césaire en négociant avec le vent, ma modeste moyenne de 25 prévue aujourd'hui sur mon tableau de marche, fond comme neige à soleil, je suis présentement à 24.
Au contrôle, km 54, regroupement de la plupart des cyclos, cela me ragaillardit, je ne suis pas si nul que ça. Check rapide, je m'enfile banane et chocolat, je repars sans m'attarder. Il doit rester 5 ou 6 cyclos après moi, ça me rassure de ne pas être le dernier.
Un peu reboosté, j'essaie de me motiver pour la suite, je rejoins la piste cyclable menant à Granby. La plupart de mes compères prennent cette route bien que ce ne soit pas le parcours officiel du CVRM, confère le fichier GPS. En 5 km, tous les gars derrière moi m'ont rattrapés et dépassés, ils ont l'air d'avancer facile tandis que je me traîne lamentablement à 22.
Pour ajouter à la difficulté du vent, quelques averses s'abattent sur ma carcasse, je suis bien mouillé. Je me fais une petite frayeur en traversant un pont en bois avec les planches dans le sens de marche, c'est hyper glissant et ma roue avant commence à se dérober. Par chance, je rattrape le vélo in extremis. Nouveau coup dur pour le moral. J'insiste jusque Granby mais va falloir prendre une décision.
Pour ajouter à la difficulté du vent, quelques averses s'abattent sur ma carcasse, je suis bien mouillé. Je me fais une petite frayeur en traversant un pont en bois avec les planches dans le sens de marche, c'est hyper glissant et ma roue avant commence à se dérober. Par chance, je rattrape le vélo in extremis. Nouveau coup dur pour le moral. J'insiste jusque Granby mais va falloir prendre une décision.
Km 80, je me vélogare au Vélo-Gare face au lac, je m'assieds à une table sous abri, une nouvelle averse se déverse avec force, je grelotte. Je texte à ma chérie mon état de décomposition avancée, je lui indique que mon moral se trouve dans mes chaussettes ... mouillées ! C'est décidé, je vais rentrer, je ne suis plus motivé pour continuer, m'imaginant dans le vent, la pluie et les côtes à venir. Sur ce coup-là, pas très fort mon mental pour les brevets, que se passe-t-il ? Je suis tanné et je cède à la facilité. J'attends la fin de l'averse et fais demi tour à mon bécyk. Je suis déçu pour mon Piuma de ne pouvoir aller explorer les environs des monts de Sutton aujourd'hui, ce sera pour une autre fois.
Sur mon retour, j'aperçois Simon qui arrive seulement, que lui est-il arrivé, problèmes mécaniques, erreur de GPS ? Je le salue et file maintenant vent dans le dos, ça change tout. En plus, la piste est en pente douce, j'ai l'impression que la forme est revenue mais pas la motivation. Même les averses cessent et le soleil tente une sortie. J'aurais peut-être dû encore insister une heure, mais c'est trop tard, c'est fait. J'ai abandonné le 300, il faut assumer cette décision, il n'y a pas de honte à cela.
St Césaire est vite atteint avec ce courant d'air favorable, trop facile. Je m'arrête au Tim pour refaire le plein d'énergie avec un chili et un café-beigne. Il me reste 45 bornes pour en finir, vent dans le dos, une plaisanterie. Je fonce à plus de 30 de moyenne, je suis motivé ... pour rentrer chez moi, pas de regret. Je suis peut-être en train de faire une écoeurantite aigüe des brevets, faudra que je fasse le point avec moi-même, une petite pause et on y verra plus clair. Peut-être faire plus de vélo loisirs, voyage, découverte. Je dois d'ailleurs préparer un parcours pour deux jours de vélo avec mon fiston de 10 ans, c'est lui qui m'a demandé d'accomplir un 100 km sur une journée, c'est son défi à lui!
Je dépasse Chambly sur la 112, certes bien pavée mais truffée de roches et autres objets contondants. Et ce qui devait arriver, arriva, loi de Murphy. En approchant de St Hubert à la fin de cette fameuse 112, mon pneu arrière roule sur une roche ou plutôt une broche et c'est la crevaison. Maudit pneu Cadence a marde. En réparant, j'observe de plus près la surface du pneu ayant à peine 1000 kms, il est déjà détruit, rempli de coupures, d'entailles, bouts de verre et de roches incrustées. Vraiment trop tendres ces Pro Pulsion Kevlar, je vais vite les changer et remettre mes GatorHardShell préférés qui n'attendaient qu'un autre flat pour prendre du service. Une auto s'arrête pour me demander si j'ai tout ce qu'il faut pour réparer, sympa le gars. Je le remercie car ça va aller.
Je réintègre mon bled de banlieue à St Lambert avec 153 bornes au compteur, un demi 300, somme toute, le premier brevet de 150 du club. C'est aussi la première fois que j'arrive avant Fred, yes ! Je constate que je n'ai pas eu d'averse pour le retour, j'espère que mes compagnons auront aussi profité de cette accalmie météo. Je leur souhaite un bon brevet par la pensée, ces courageux, ces motivés. Ce n'était pas le cas pour moi aujourd'hui, mea culpa !
La moralité de l'histoire, c'est que si t'es pas motivé, reste couché ! J'avais prévu de faire le 400 et le 600 dans la foulée du 300. Mais fort de cette expérience, je vais peut être passer mon tour pour cette année. A moins que la flamme du breveteux qui brûle en moi, ne se rallume. A bientôt, peut-être ...
| A bientôt, peut-être ... |
Pour la petite histoire, Marc m'a demandé le soir même par messagerie Facebook, comment s'était déroulé mon brevet. Je lui ai répondu que j'avais dû faire demi tour quand je me suis souvenu que je devais voter ce samedi 6 mai pour l'avenir de la France, avant la fermeture des bureaux de vote !
Je doute qu'il m'ait cru.
Et vous, croyez-vous à toute cette histoire de manque de motivation ?
Franchement ...













