samedi 30 juin 2012

Le premier 400 de ma vie

Prologue

Nouvelle journée de défi aujourd’hui, affronter 400 km à vélo en une seule étape et sans dormir ! C’est la plus grande distance que j’ai jamais réalisée et cela fait longtemps que je m’y prépare psychologiquement. Physiquement, je pense être prêt puisque j’ai parcouru 2500 km depuis le début de la saison cyclo (soit début avril) et j’ai plutôt bien passé le 300 de la semaine dernière sans mal aux jambes, les seuls soucis avaient été la selle et surtout les cervicales assez douloureuses à l’arrivée. Couché tôt la veille et les jours précédents pour accumuler du sommeil, je me réveille vers 3h15 du matin, ayant bien dormi et étant assez relax malgré l’angoisse de l’inconnu. Ma chérie, qui dort à mes côtés et qui va m’accompagner sur une partie du parcours, a choisi de se réveiller plus tard car elle a horreur de se lever tôt et même de se lever tout court. La décider pour ce genre de folie a été tout un exploit et il a fallu que je travaille fort pour qu’elle me fasse plaisir: je l’en remercie d’ailleurs ! Préparation aux aurores car dehors il fait nuit, c’est la routine de l’avant brevet, douche, déjeuner, vérification des affaires à emmener sur le vélo. Ce coup-ci, j’ai décidé d’emporter le strict minimum dans une sacoche centrale sur le porte-bagages, une belle sacoche toute rutilante de chez MEC. Aussi mes 2 grosses sacoches latérales du 300, beaucoup trop chargées de choses inutiles, resteront à la maison pour aujourd’hui et ne se délaveront pas sous le soleil prévu par Météomédia en cette chaude journée d’été. Que voulez-vous, on apprend de ses erreurs et il faut trouver des solutions. 

Samedi 30 Juin 2012

À 4h30, je suis sur mon vélo avec une lumière clignotante à l’arrière dans le jour naissant, j’emprunte Victoria pour rejoindre St Lambert downtown et le point de ralliement du brevet. 8 randonneurs sont prévus pour aujourd’hui et une belle fébrilité mêlée de bonne humeur est présente au sein de cette petite communauté de sportifs qui savent qu’ils vont réaliser une épreuve qui n’est pas à la portée du premier cyclo venu. En effet chacun s’est préparé à sa façon mais nous savons tous que les maîtres mots pour la réussite de ce périple sont la pratique et l’accumulation de kilomètres des semaines précédentes. Jean distribue les ordres de mission pour chacun puis nous nous rassemblons par la rituelle photo de départ. 

À 5 heures pétantes, je m’élance derrière 2 cyclos qui ne tardent pas à me distancer rapido-presto, il s’agit de Sylvain et René qui ont des ambitions d’horaires vraiment ambitieuses, faire moins de 16 heures ! Je ne m’en fais pas car Marielle m’attend au Tim de Brossard (km 5), elle est réveillée mais ses yeux sont encore endormis, je le vois bien ! Elle va rouler avec moi jusqu’au km 170 pour m’accompagner et m’aider au besoin à prendre des relais si les conditions venteuses se mettent de la partie. En plus cela me fera de la belle compagnie ! Nous roulons à bonne allure avec vent favorable pour le début et nous sommes rapidement rejoint par Raymond puis Martin et Jean que nous suivons sur quelques kilomètres. Mais le rythme soutenu est un peu trop rapide pour nous 2, surtout pour Marielle qui a moins de kilométrage que moi, aussi nous préférons réduire la cadence et rouler à notre allure qui est plus confortable. Les autres participants sont tous des machines, la plupart ont fait cette année plusieurs 200, 300, 400 et même un 600, alors un 400 de plus ne leur fait pas peur et leur défi est non pas de terminer mais d’essayer de faire mieux que la dernière fois ! Moi je n’en suis pas là (dans 2-3 ans peut-être ?), mon objectif est d’arriver peu ou pas crevé comme le préconise l’éthique des brevets randonneurs mondiaux ! Nous dépassons Chambly (km 25) et attaquons la descente vers le sud et sa frontière par les petites routes tranquilles de la Montérégie. Dans la petite commune du Mont St Grégoire (km 50), nous faisons une pause grignotage (banane et barre céréale) à la cantine déserte à cette heure matinale, le 1er contrôle est en effet au km 105 alors nous nous aménageons des arrêts intermédiaires. La direction plein sud nous force à appuyer d’avantage sur les pédales et nous sommes dépassés par les 2 autres cyclos du brevet. D’abord Gilles qui roule bon train puis par Olivier qui a l’air de tirer grand et de peiner, est-ce une impression ? Toujours est-il que nous le redoublerons vers le km 70, arrêté sur le bas-côté, a-t-il eu un ennui mécanique ou une baisse de régime, je ne l’ai pas su même s’il m’a répondu oui lorsque je lui ai demandé si tout allait bien. Enfin nous atteignons le km 88 et le chemin St Armand pour une direction ouest avec wind in the back. C’est une route que nous avons déjà empruntée dans l’autre sens, ou la nature verte et vallonnée s’offre à nous, les premières côtes d’une longue série aussi ! La journée avance doucement et le soleil commence à darder ses rayons plus intensément, pourtant il est à peine 10 heures, ça va donc chauffer aujourd’hui ! Après quelques côtelettes apéritives, nous descendons sur Frelighsburg lieu du 1er contrôle (km 105) et nous stoppons au Marché Gosselin que je crois être le Sergaz dépanneur ! De toute façon, il n’y a déjà plus de cyclos de notre gang ici, nous sommes beaucoup plus lent qu’eux. Halte de 30 minutes dans l’herbe à l’ombre avec quelques victuailles et boissons pétillantes en prenant quelques photos, c’est ça le cyclotourisme !

Nous quittons le joli bourg de Frelighsbourg, lieu de résidence du chroniqueur de la Presse, Pierre Foglia, passionné de vélo. Voilà la côte de Joy Hill (je chantonne Y a de la joie de Charles Trénet) que nous connaissons aussi lorsque nous allons faire notre traditionnel tour de Jay Peak. Ma chérie commence déjà à peiner alors je ne lui parle pas du reste des festivités pour la journée car elle se découragerait. Je lui dis qu’il faut prendre chaque côte une par une, sans se défoncer et sans penser à la prochaine car nous avons tout notre temps ! Nous atteignons Abercorn et la traversée de la 139, ensuite c’est un des gros morceaux du 400, la côte de Scénic (km 125) déjà prise par le 300 mais en sens inverse. C’est là que ma cocoon explose et met pied à terre alors je l’attend en haut et nous y faisons une petite pause réconfortante. Avec la canicule, Marielle est en train de se déshydrater, aussi je lui conseille de boire plus qu’à l’habitude. Pour ma part, j’ai mon Camelbak qui me rend un service incroyable, vraiment je ne pourrais plus partir sans cette gourde dorsale, c’est impeccable pour boire souvent par petite quantité et c’est pour cela que je ne souffrirai pas de soif en cette chaude journée. Nous redescendons dans la vallée de la Missisquoi toujours avec un bon vent arrière qui assiste bien ma coéquipière. Nous faisons halte à Mansonville (km 147) pour nous réhydrater copieusement et faire le plein de nos réservoirs. Nous dégustons une crème glacée sur un banc à l’ombre et écoutons la fin du show d’un guitariste-chanteur en ce jour précédant la fête du Canada. Je discute avec 2 cyclos qui ont eu la même idée que nous et qui viennent de Magog et y retournent. Ils me demandent également mon parcours et je leur dis modestement que je fais un 400, leurs bras et leurs jambes leur en tombent, ils me félicitent ! Mais hey les gars, c’est pas encore bouclé, ce n’est pas encore le moment de se bomber le torse ! Les côtes continuent de se succéder sous la chaleur, ce qui réduit considérablement l’allure de ma courageuse mais affaiblie compagne de route. Nous devons nous séparer vers le km 170 mais voyant ma moyenne fondre à vue d’œil, nous décidons d’un commun accord que je la laisse aller à son rythme pour rejoindre son motel situé à Eastman à une trentaine de km de là. Nous nous séparons donc au km 155, un petit bec, puis j’enclenche le turbo pour essayer de remonter l’allure et ne pas terminer hors délai, mais je n’en suis pas là tout de même. Belle descente atterrissage sur Knowlton Landing puis ça continue de jouer à saute colline sur chemin Cooledge, le chemin d’Austin et je rejoins la 243 signe de calme passager pour le relief. Petite pause au dépanneur de Lac Brôme pour me recharger en glucide et liquide. Puis je file plein pot vers Sutton (km 211) par la 215 sud, histoire de pointer ma carte pour le 2éme contrôle. Petite halte yogourt vite fait bien fait et je remonte la 215 nord direction le chemin Brôme par de longues montées faciles. Les jambes tournent à la perfection, faut dire qu’attendre ma chérie pendant un certain temps m’a fait économiser des forces. Le ciel s’obscurcit à l’horizon et je vais droit vers l’orage au loin. Je bifurque à droite chemin Fullford puis remonte plein nord vers Waterloo franchissant la 10. J’atteins le dépanneur de la 112 et lieu du 3éme contrôle (km 248) sous quelques gouttes de pluie. Lorsque je ressors du magasin, il s’abat une solide averse d’orage, ouf je suis à l’abri et j’attends que ça passe, tant pis pour le timing mais je n’ai pas envie de me faire rincer sous cette douche chaude. 

15 minutes plus tard, le soleil revient et c’est le temps de reprendre la route qui m’amène tout droit à Eastman et le motel de Marielle (km 265), il est 21h15. Elle est arrivée depuis belle lurette, elle a pris son souper dans le restau du village et se relaxe devant la télé. Moi je profite de sa douche pour me refaire une beauté, de sa prise murale pour recharger mon GPS faiblard et manger quelques pâtes achetées au dép de Waterloo. Nous relaxons allonger sur le lit, ma chérie commence à s’endormir mais pour moi la journée n’est pas terminée ! Vers 22h30, je m’équipe en configuration nocturne, lumières, baudrier, habit plus chaud, changement de chaussettes car il me reste 130 bornes by night à effectuer. Il faut une bonne dose de folie ou d’inconscience pour repartir sur des routes inconnues à cette heure de la nuit mais l’adrénaline aidant, je ne pense pas à tout ça, tout ce que je veux c’est en terminer avec ce défi personnel. Mes 2 lumières Cygolite 500 éclairent vraiment bien mais il faut que je pense à les économiser car je dois passer 6 heures dans la noirceur alors je jongle avec les différentes intensités en fonction de l’éclairage publique des localités traversées. La nuit, c’est cool, c’est calme mais on ne voit rien du paysage environnant, dommage. J’aperçois les animaux nocturnes, les vivants et les morts gisant sur les bords de la chaussée. J’ai été effaré de voir pendant le parcours, autant de bestioles ratatinées, explosées, éventrées, oiseaux, rongeurs, ratons laveurs même des chats, un vrai massacre animalier sur toutes ces routes, paix à leurs âmes, amen ! Je rejoins donc la 220 en continuant de grimper et descendre régulièrement à un rythme assez tranquille, ce qui n’entame toujours pas mes forces à mon grand étonnement. C’est plutôt le mal au cou qui se réveille et me force à m’arrêter souvent, juste quelques secondes pour faire des étirements. Cela devient pénible, je dois avoir un problème chronique et je devrais consulter à mon retour. Les villages défilent, Ste Anne puis la 243 et Warden (km 298), je vais bientôt retrouver la 112 signe que les côtes achèvent, youpi ! Un dernier rush sur cette route connue et me voilà au Vélogare de Granby (km 315) ou je m’accorde une pause bouffe mais je n’ai pas faim et pourtant il faut alimenter la machine pour ne pas tomber en panne et se taper une hypoglycémie. J’ingurgite donc mes gels miracles, cela passe mieux et ça a bon goût, faut juste boire beaucoup après ! Je traverse Granby bien animé même vers 1h du matin, c’est la fête ici tandis que je file par la 112 vers le 4éme contrôle de St Césaire (km 343). Bien sûr je me restaure au Tim, une bonne soupe, un yogourt et un jus d’orange pour me garder éveillé car l’envie de dormir commence à me tenailler. 

Après ce bon repas, me voilà reparti pour la dernière ligne droite de 40 bornes sur la 112, le jus m’a fait du bien et me tient éveillé. Les jambes tournent toujours impeccable, aucune douleur nulle part, en revanche le cou me fait vraiment souffrir, c’est bien dommage car sinon tout aurait été parfait. Même la douleur aux fesses est franchement supportable, faut dire que j’avais appliqué un produit miracle recommandé par mon vélociste Beausoleil, il a fait la job ! Les fous en bagnole et autres joyeux fêtards me doublent mais je suis bien visible avec mon costume et mon vélo de lumières, et sur la large bande cyclable je n’ai aucune crainte. Le jour au loin commence à poindre, en 24 heures j’aurai vu le soleil se lever, se coucher et se lever à nouveau, toute une belle expérience ! Chambly est dépassé et voilà St Hubert, traditionnel parcours de retour de brevet, ça sent la fin des haricots alors le profite de mon bonheur de cyclo réjoui d’avoir accompli un petit exploit personnel. Mon compteur annexe atteint 395 km (mon Garmin m’a lâché au km 360 malgré la recharge de 40%) alors que je rejoins le Tim Horton de Brossard, zut j’ai même pas 400, suis un peu déçu !

Épilogue

Je fais pointer ma carte il est 5h16, je suis fourbu mais heureux, je l’ai fait ! Tu es tough, me dira par la suite ma blonde émerveillée par l’athlète qu’elle a devant les yeux ! Je n’ai plus qu’à rejoindre mon condo du coin Victoria-Simard non loin de là, prendre une douche et m’affaler dans mon lit pour prendre quelques heures de sommeil. À 11 heures le cadran me réveille, il faut repartir à Eastman chercher ma chérie au motel … oui mais en auto cette fois, ce sera un peu plus rapide ! À 13h, nous nous retrouvons à Waterloo car elle s’est défoulée un peu les jambes en pédalant puis nous rentrons tranquillement vers Montréal. Notre aventure est maintenant bel et bien terminée. Merci aux organisateurs pour le parcours de toute beauté. Maintenant je sais que le 600 est à ma portée, en formule 2 fois 300 km avec une courte nuit au milieu et à condition de régler mon problème de cervicales. Mais ce sera pour l’année prochaine car ce n’était pas dans mes objectifs de cette année. Alors à plus pour de nouvelles aventures.


samedi 5 mai 2012

Le premier brevet d'une longue série avec PBP en vue

Le cadran sonne à 5 heures, c’est l’heure de vérité, celui du brevet de 200 km du CVRM. Ma copine Marielle a jeté l’éponge, non pas qu’elle ne peut pas le faire mais elle a du mal à se lever tôt et c’est radical. Douche, déjeuner, préparation du matose, vélo sur la bagnole et direction la rive sud et le Tim de Brossard, je fais le plein de bouffe calorique puis RV au stationnement du parc de la voie maritime de St Lambert vers 6h30, les participants arrivent peu à peu. Chacun se prépare, prend sa carte de route auprès de Jean Robert et son adjoint. Parait-il que certain s’échauffe sur leur vélo stationnaire avant de partir, pour être ben chaud et attaquer un départ tonitruant, on se croirait au départ du Tour de France !

C’est la photo de départ coutumière pour mettre sur le site internet et Jeannot déclare le 1er brevet CVRM de 2012 lancé. Puis là, c’est la débandade, ça déboule sur Victoria, sauf qui peut, mort aux faibles, attrape-moi si tu peux ! Déjà un groupe est parti fort devant, j’hésite à les suivre car j’ai du mal à m’accrocher à un autre petit groupe emmené par Simon Unterberg bientôt rejoint par Martin Dugré et accompagnés de 2 français et 1 suisse. Je me joins à ce mini paquet pendant 20 km puis je lâche le morceau, on roule à 35-40 km-heure et cela me déplait, je n’ai pas envie de faire comme la dernière fois (brevet 200 de septembre 2011), j’ai perdu des forces dans ce sprint matinal de 40 km et après j’ai un peu galéré.

C’est ainsi que je me retrouve seul perdu dans la nature, heureusement que j’ai mon GPS sauveur qui m’indique la route à chaque intersection, un puis deux cyclos me rattrapent, on discute et chacun reprend son rythme, moi derrière ! En fait, je me croyais dernier mais je ne le suis pas, il reste encore 2 cyclos je le saurais 3 jours plus tard sur la page des résultats du CVRM, ils arriveront 2 heures après moi, au moins ils étaient 2 pour cycler ensemble. Vers 8h35 et quand même et à une bonne moyenne (27 km/h) je rejoins le Shell de Napierville et le premier contrôle, le gros de la troupe est déjà reparti s’expliquer du côté de la Covey Hill. Je me restaure un peu en discutant avec le groupe des français de tout à l’heure. 

Puis après 20 mn, nous repartons ensemble pour quelques centaines de mètres, ils roulent un ton au dessus du mien, je n’insiste pas, tant pis je roulerai encore seul. Le vent est de nord donc nous pousse depuis le début et c’est pour cela que ça roule facile mais bientôt je bifurque plein ouest pour aller me frotter au contrefort vallonné longeant la frontière US, j’aime cette route quoique exigeante mas le cadre est charmant d’autant que le soleil est de la partie et j’en profite pour me dévêtir un peu. 

Km 80, je fais une pause et envoi un texto qui me réponds aussitôt, elle prend le café tandis que je me prépare à gravir le géant de la frontière, la fameuse colline Covey. Je me fais doubler par un peloton de couraillons qui grimpent devant moi et qui disparaissent bien vite alors que je m’échine avec mon triple plateau à 8 km/h avec une pente à 14% sur le final de la corvée, merci Edge 800 ! Après c’est la descente sur la boulangerie Chartrand de St Antoine l’Abbé que je rejoins vers 11h45, il ne reste que le mini-groupe de français avec Simon Unterberg (un québécois au nom suisse ?) qui s’apprête à repartir quand je descends de bécane. Ben je vais pas être gêné par les autres cyclos, je fais pointer ma carte, commande un délicieux sandwich jambon, une sucrulente (retire pas le R de sucrulente, Jean, c’est fait exprès) tarte au sucre et une boisson gazeuse et je m’installe sur la terrasse au soleil en téléphonant à Marielle qui est prête justement à partir à vélo et venir me rejoindre au dernier contrôle de Napierville, cela me donne un peu de baume au cœur dans mon aventure solitaire. 

Après 35 mn d’arrêt et bien repus, je reprends le collet et m’attaque aux 60 bornes qui mènent au coin Dagleusse. Il fait beau mais le vent de nord-est est défavorable maintenant quoique pas trop fort mais c’est suffisant pour me faire lambiner à 20 à l’heure avec le moral dans les talons. Quelques chiens déchaînés viennent mettre de l’ambiance sur le circuit assez peu fréquenté en ce samedi. À 20 bornes du check point, je fais une petite pause santé pour m’alléger et me revigorer un peu avant d’attaquer la dernière ligne droite plein nord et vent pleine gueule ! Pour 15h21 je fais viser mon carnet de route et Shell et vais rejoindre ma chérie arrivée depuis quelques temps déjà et qui m’attend confortablement installée dans les fauteuils de cuir du Pétro Pass. Je fais de même en ingurgitant un coca cola bien frais et une crème glacée bien venue. Elle me raconte qu’elle a croisé en sens inverse un groupe d’une dizaine de cyclos (dont Jean qui lui a fait un signe), il y a bien bien longtemps (j’exagère à peine) et que mon idée de les rattraper est sans espoir, ce n’était pas mon intention non plus ! 

Après 30 minutes de repos, nous enfourchons nos destriers pour terminer ce brevet à bonne allure malgré le vent contraire, heureusement que ma copine me tire dans le vent mais je prends quand même quelques relais, mon orgueil de mâle l’oblige. Bientôt nous retrouvons le trafic sur St Jean, Taschereau puis les rues connues de mon lieu de résidence à St Lambert. Mon dernier contrôle se fait au Couche Tard à 17h47 (mieux vaut Tard que jamais !), pas pire, car je voulais rester dans les 10 heures pas 11 ! 

Je congratule Marielle de m’avoir accompagné pour la fin du parcours, c’est toujours mieux à deux, en tout cas c’est moins chiant que tout seul, au total j’aurais fait 140 kilos en solitaire. Nous voilà de retour au stationnement de l’auto pour remballer le matériel et nous rejoignons la métropole ou d’autres activités familiales m’attendent mais cela je le garderai pour moi ! 

Après l’analyse de mes exploits sur Garmin Connect, je suis un peu déçu du comportement des cyclos du brevet (partir en fou en oubliant les gars derrière) mais chacun fait ce qui veut, c’est ça le Québec ! Cela m’a un peu refroidi pour le 300 visé samedi prochain, je le ferai plus tard comme prévu initialement soit le 23 juin. À la prochaine donc amis cyclos pour un 300 puis un 400 cet été. Fin du petit article pour le CVRM. 

samedi 10 septembre 2011

Marielle repousse ses limites: 200 km à vélo !

«Allez Marielle, c'est la fin de l'été, on a pas mal roulé sur nos bécyks, on est plutôt en forme, alors pourquoi pas terminer la belle saison en beauté et se faire un petit 200 km en une journée?» Ma dulcinée me dit qu'elle va y réfléchir et comme ce n'est pas un non catégorique, je prends pour acquis que le défi est lancé. Il ne me reste plus qu'à trouver une boucle de 200 bornes autour de Montréal !

Puisque notre maître en circuit vélo au Québec sur le net, j'ai nommé l'excellent Patrice Marcotte, professeur à l'Université de Montréal (mot clé Véloberville sur Google), ne nous propose rien à ce kilométrage, aussi en surfant sur le web, je tombe sur des sites contenant le terme brevet de 200 km. À ce terme brevet, mon sang ne fait qu'un tour car cela me replonge instantanément dans mes souvenirs de cyclotourisme en France, lorsque j'étais plus jeune, du temps où je faisais parti d'un club cyclo et cela pendant de nombreuses années. Là bas, au pays de la baguette, du vin rouge et du camembert, le cyclotourisme est roi (surtout le dimanche matin) et la petite reine se taille une grande part dans les loisirs préférés des français Et grâce à sa dynamique fédération, la FFCT, les brevets randonneurs, montagnards, Audax et autres, je les connais pour en avoir complété plusieurs avec mes camarades de club, mais jamais plus de 300 km car j'avais peur de rouler la nuit ... et aussi je ne pensais pas en être capable! J'enviais déjà celles et ceux qui participaient à des brevets plus audaxieux (jeu de mot) de 400, 600 et 1000 bornes, qualificatifs pour le fameux Paris-Brest-Paris. Je me dis que ce serait pour moi l'aboutissement d'une carrière de cyclo et qu'il faudrait que je le fasse un de ces jours au cours de ma vie et avant de tirer ma révérence sur cette belle planète bleue !

Mais revenons au début de la semaine de notre inscription à ce brevet de 200 organisé par le Club Vélo des Randonneurs de Montréal, l'un des rares clubs au Québec, sinon le seul, à proposer la série des brevets qualificatifs au PBP (1200 km faut-il le rappeler!) en relation avec le club des Audax Parisiens qui homologue ce genre d'épreuve. Car ce sont bien d'épreuves physiques et mentales dont on parle avec leur lot de péripéties, d'aventures humaines de toutes sortes, de véritables épopées, sujets à de fabuleux récits qui m'ont toujours passionnés lorsque j'étais plus jeune et encore maintenant. Par échange de courriel avec des membres du CVRM, fort aimables à vrai dire, notre inscription est enregistrée sous réserve de la météo, car tels des chats qui n'aiment pas l'eau et surtout ma chérie, il n'est pas question de rouler si dame nature n'est pas de note côté, autant que cette première expérience soit agréable, sacrebleu !

Enfin nous voilà arrivés au samedi 10 septembre 2011 à 6h30 sur le stationnement du parc de la voie maritime à St Lambert. La journée s'annonce sous les meilleurs auspices puisque le soleil est au rendez-vous escompté et qu'il le restera pour tout notre périple, ainsi qu'un vent qui s'avérera modéré et donc pas trop pénalisant. Nous saluons quelques cyclos présents déballant leur matériel dont un maudit français, Frédéric Perman qui porte un superbe maillot flambant neuf du dernier Paris-Brest-Paris 2011 qui a eu lieu du 21 au 25 août. Mathieu Lapointe, un cyclo sympa de l'organisation, nous remet nos cartes de routes, itinéraire détaillé et cartes géographiques de la balade, ce qui peut s'avérer fort utile au cas où nous nous retrouverions largués en pleine nature. Ce sont donc 13 cyclos (plus 2 autres qui arriveront plus tard) qui s'alignent pour la photo de départ, avec parmi eux, des membres du CVRM, des chevronnés dont quelques uns reviennent aussi du récent PBP, autant dire que ceux-là sont extrêmement affutés. Et il y en a aussi d'autres, plus néophytes, et c'est dans cette catégorie que nous nous classerons.


Dans la fraicheur de ce début de journée, les 40 premiers kms sont parcourus en peloton groupé à vive allure oscillant entre 30 et 35 km/h, les plus aguerris sont devant et mènent la cadence, les autres suivent comme ils peuvent. Pas de pitié pour les plus faibles, après tout c'est bien fait pour nous, nous n'avions qu'a nous entrainer des milliers de kms à des moyennes supersoniques avant de venir nous frotter à l'élite des randonneurs longue distance mais aussi grande vitesse ! Pourtant nous aimons cette vitesse grisante au sein du peloton mais nous savons pertinemment que nos petits jarrets ne tiendront pas le choc pendant 200 km ! Certain s'amuse même à sprinter et à coller l'arrière d'un truck qui nous double à plus de 50 km/h, je ne citerai pas de nom, n'est-ce pas Jean Robert ! Au 1er contrôle du Shell de St Cyprien, nous faisons valider notre carte de route auprès du gérant de la station, preuve de notre passage et de notre horaire indispensable pour l'homologation. Pause santé pour les uns, temps d'un ravitaillement pour les autres, et déjà certains repartent, ce qui a pour effet de scinder le groupe en 2 paquets: le premier des tontons et tata flingueurs, les habitués des brevets qui semblent bien maitrisés leur sujet, et le deuxième, la gang des vélos à sacoches, pour ceux et celle qui ne savent pas encore à quelle sauce ils vont se faire manger, plus inquiet de la distance à parcourir et dont nous faisons évidemment partis.

Vers 9h00, c'est reparti pour le 2éme contrôle situé au km 106, notre groupe de 6 décide de rouler ensemble, d'y aller mollo et de s'organiser sous forme de relais. Ce sont les plus jeunes, Jean-Étienne et Yannick qui ouvrent le bal et ils filent encore à un bon train, derrière ça suit sans rechigner. Puis nous en avons fini avec la direction sud et nous bifurquons maintenant plein ouest avec en point de mire, the difficulté du jour, la célèbre Covey Hill, côtelette bien connue des cyclos de la région de Montréal. La chaleur de la journée commence à s'installer et le parcours de montagnes russes qui précèdent notre sommet mythique commence à émousser nos ardeurs. Les relais se font moins forts, chacun monte à sa main dans les côtes et nous nous regroupons en haut, bel esprit d'équipe, fort apprécié. Enfin le point culminant est atteint après moulte sueur laissée sur le bitume, d'ailleurs j'ai l'honneur de fermer le banc ! Après le regroupement, nous filons sans effort par un doux faux plat et une bonne descente sur St Antoine l'Abbé et sa boulangerie Chartrand, charmant endroit pour le contrôle. Nous rejoignons le premier groupe qui s'est restauré et s'apprête déjà à repartir. Jean Robert, l'intrépide PBPiste, n'a pas terminé de prendre son café-tarte au sucre et il décide de nous attendre et de nous accompagner pour la suite des hostilités. Nous pointons donc nos cartes de route, commandons salade, wrap et tarte au sucre (vraiment sucrulente !) et nous dégustons notre repas sur la terrasse ensoleillée qui jouxte la boulangerie. Notre arrêt durera une heure, incluant une escale au dépanneur du coin pour faire le plein en boissons énergétiques.

Nous remontons à présent vers Montréal, direction est / nord-est, le vent défavorable n'est pas trop fort et les relais sont tout de même bien appréciés, nous permettant de nous mettre à l'abri en attendant notre tour de mener. Notre moyenne horaire est encore bonne, 28 km/h, ceci étant dû essentiellement à notre sprint matinal jusqu'au premier contrôle en compagnie de la meute déchainée. La route zigzague à présent dans la campagne frontalière, fort agréable en cette belle journée de fin d'été pas trop chaude. Quelques coups de cul agrémentent le parcours, notamment quand nous repassons à proximité de la Covey Hill où le relief s'en ressent. Pour ma part, j'essuie un petit coup de pompe aux environs du 140éme km, c'est le bon moment pour absorber mes fioles de gel miracle, tel Astérix avec sa potion magique, ce qui a pour effet de me donner un coup de fouet temporaire. Vivement le prochain contrôle, que je me restaure plus sérieusement ! Apparemment je ne suis pas le seul à m'essouffler derrière les relais fort appuyés de notre ami Jean, a plus de 32 km/h avec léger vent, je vois bien que Bruno et Martin commencent aussi à se faire larguer à cause du rythme un peu trop soutenu de notre maitre. Il n'y a guère que Marielle la féminine du groupe, et les 2 petits jeunes universitaires qui semblent suivre avec moins de difficulté, bravo les amis, mais n'oubliez pas d'attendre les copains. Peu avant le 3éme contrôle au km 166 situé au même endroit que le 1er à St Cyprien, le peloton explose à nouveau et nous voila éparpillés dans la nature à rejoindre notre pause salutaire. Jean et Jean-Étienne se sont payés un petit sprint et nous attendent gentiment pour aller au relais routier du Pétro Canada, endroit idéal avec fauteuil, douches, salles de bain et TV HD pour relaxer, reprendre des forces et discuter principalement de vélo et notamment du Paris-Brest, pas la pâtisserie, l'épreuve mythique ! Carl Morin sur son fixie, parti bien après nous ce matin, nous rejoint tranquillement, il roule en solitaire et cela a l'air de lui plaire. C'est un dur de dur, ayant aussi réalisé le PBP cette année, et j'ai lu ses exploits sur le blog du club qu'il a créé, les Jambes d'Acier, toute une épopée !

Vers 15h15, nous ré-enfourchons nos destriers pour l'ultime ligne droite de 40 km jusque St Lambert. Les corps, surtout les jambes, sont un peu meurtris mais pas détruits car l'adrénaline nous rend euphorique à l'idée de boucler notre premier brevet de 200, en sol québécois pour ma part. Jean continue de mener le petit groupe, faut dire qu'a son allure, il n'y a pas trop de monde pour le dépasser, ah sacré Jean, un maître en la matière pour faire exploser le peloton, le pire c'est qu'il ne le fait pas exprès, il appuie sur les pédales à son rythme ... trop fort pour les autres qui peinent à le suivre. Enfin, nous voilà dans la grosse circulation de la Rive Sud, passant par la 104 qui n'est autre que le boulevard Taschereau et ses innombrables lumières qui nous font perdre notre poisson-pilote de Jean. Heureusement, je suis le régional de l'étape, celui qui connait bien les routes de l'endroit puisque j'habite St Lambert, mes compagnons et gnonne habitant Montréal ou la région de Québec. Peu avant le checkpoint final, nous effectuons la jonction avec Jeannot, et ensemble nous rallions le Couche-Tard de St Lambert avec 207 km au compteur pour un temps de 10 heures et 3 minutes dont 2 heures 30 d'arrêt, moyenne de 27 km/h sur le vélo quand même. Notre gruppetto se congratule, heureux d'avoir passé une formidable journée, dans l'effort et la gentillesse de tous, une belle aventure humaine à vélo tout simplement.


Pour ma part, je suis tout de même déçu, moi qui voulais faire moins de 10 heures, en effet je trouve que cela fait plus classe un 9h58 sur le site du CVRM ! Mais non, c't'une joke, mais ce sera quand même pour la prochaine fois, car prochaine fois il y aura, je l'espère bien, et ce sera l'année prochaine car la saison des brevets est maintenant terminée pour 2011, rendez-vous en 2012. Mon objectif secret (oups je l'ai dit) serait d'aller jusqu'au 400 km en attendant de faire mieux l'année suivante, et ce qui me permettrait d'écrire un nouveau récit avec pour titre: Pascal repousse ses limites, 400 km à vélo. En tout cas, chapeau à Marielle qui a trouvé les ressources pour accomplir son exploit personnel, ce dont je ne doutais absolument point, surtout avec sa nouvelle monture, son Seven en titane, c'est titanesque ! Et aussi, un gros merci à tous ceux qui  prennent de leur temps personnel pour organiser ces épreuves (les Jean, Martin, Mathieu et Jean passe !) car sans eux, pas de récit de ce genre ni de défi personnel à réaliser. Car franchement, qui irait faire des 200, 300, 400, 600, 1200 km pour le plaisir, sinon celui de repousser ses limites à travers cette extraordinaire passion sur 2 roues ?

Merci à notre reporter local et fin de soirée à retourner à Verdun pour déposer ma chérie puis repasser chez Véro pour retourner avec Alex à St Lambert. Grosse journée, il ne faudra pas me bercer pour m'endormir.