samedi 8 août 2020

La solitude du randonneur démotivé

Prologue

Après une période d'hésitation et d'incertitude, je me décide à participer au prochain brevet de 300 et des poussières, du CVJR. Ne suis-je point un randonneur ? Certes, sur le déclin, mais à la forme pas si pire en cette période de Covid, et au mental d'acier. D'autant que la météo s'annonce excellente, même si un peu chaude avec plus d'une trentaine de degrés au zénith. Le vent risque d'être négligeable et la pluie serait aux abonnés absents. De plus, suite à notre tour de Montréal de la semaine passée, Gaby me confirme qu'il s'y joindra. Super, nous roulerons ensemble, l'ami. 

Fort de cela, me voilà inscrit sur la liste des partants. Au cours de la semaine, cette liste s'allongera à 12 noms, tel les 12 apôtres ou l'armée des 12 singes ou 12 hommes en colère ou les 12 salopards, ou tout simplement, les 12 randonneurs d'un 300 estival. 

La Rive Sud est située à l'Est de Montréal

Samedi 8 août, 5h30

À l'aube d'un nouveau jour, je file vers la ligne de départ. Manches et jambes courtes, il fait déjà 18 degrés à cette heure matinale, dans le smog de la banlieue de Montréal. Je retrouve ma gang d'habitués, soit Gaby, Olivier C, les 2 Michel L et G, Ralph, Fred, Jean. Il y a un revenant, c'est Marcel M, affecté par des problèmes à l’œil mais qui revient en forme. 

Gaby tout pimpant après notre MTL Tour, last week

Richard C, vélo carbone, jantes larges et gros mollets, a déjà parcouru le brevet l'année passée. Quand à Yves LT et Stéphane D, c'est une première pour un 300. Ce sont des coursiers rapides au demeurant, qui ont déjà fait quelques 200, mais tiendront-t-ils la distance ? Je rassure Stéph en lui disant que 300, c'est juste 200 + 100 !

3 dinosaures du CVJR

Voilà donc nos 12 breveteux, souriant pour le cliché souvenir, en attendant les 6h pétantes pour décoller du tarmac de la voie maritime. 

Les 11 apôtres, le 12ème est derrière le kodak

Km 1

Départ groupé, ça commence toujours en papotant. Le temps de dire au revoir à tout la bande, que l'ami Fred se sauve devant, pour son exercice en solitaire. Radio brevet signale, un homme en tête, maillot Seattle, onze autres à ses trousses. 

Ah, la solitude du randonneur ...

Km 12 

Quittant les faubourgs de Brossard et de St Hubert, mère nature nous enveloppe par la Grande Allée. 12 gorilles dans la brume. Les singes sont lâchés sans trop forcer, 30 de moyenne bien calés dans les roues. Aisé, pas dur.

Km 18 

Sur Grande Ligne, toujours aussi défoncée, je signale à l'incrédule président que le thermomètre est descendu à 11 degrés, dans la fraîcheur de la campagne traversée. Oui Môssieu ! Tu regarderas mes stats sur Strava, ça indique même la température, cette bibite là. Michel G est le seul à avoir mis ses manchons, il rigole dans sa moustache. 

Ah, la sagesse du vieux randonneur ...

Mon électrocardiogramme sur Strava, température mini, 11 degrés, et toc !

Jean en montée de température

Km 30 

Franchissement du Richelieu, le peloton roule toujours groupé, Gaby mène souvent la danse. C'est peut-être son envie de numéro 2, confidence au départ, qui lui met le feu au derrière. Même chose pour moi, qui n'ai pas réussi à vider mes intestins ce matin, ça va me rattraper un peu plus tard. 

Gaby est aux avant-postes, il prépare une échappée

Km 38

Nous prenons la piste cyclable de la Route des Champs dans sa totalité, nouveauté du parcours, bravo Jeannot. Maintenant que cette piste est asphaltée, elle est très agréable, et bien moins dangereuse que la 112. Je discute avec Mitch, il a roulé jusque Mégantic la semaine passée, pour rejoindre sa famille. Il m'avoue qu'il trouve le vélo un peu plus dur cette année que l'an passé. Il termine souvent les brevets assez fatigué et sans trop de plaisir. 

Ah, la démotivation du randonneur ...

Au petit matin, sur la Route des Champs

Km 45

Jusque là, tout baigne dans l'huile, un départ de brevet comme je les aime. Tout à coup, le groupe ralentit brusquement. Y-a-t-il eu accrochage ? C'est Olive la victime, il vient de péter 2 rayons sur sa roue avant, en altérant sa trajectoire. Youpi, c'est l'arrêt inopiné pour aller arroser les noisetiers. Trois bons samaritains, Mitch, Ralph et Stéphane s'affairent autour d'Olivier et de sa roue endommagée. Heureusement que celui-ci est doué pour la mécanique, il bricole des avions chez Bombardier. Il assemble lui même ses roues et il a tout le matose dans la sacoche pour réparer. Chapeau l'artiste. 

3 bons samaritains assistent Olive pour ses bris de rayons

Entre temps, le reste du peloton a filé à l'anglaise vers le contrôle, distant de 8 kms. Je me retrouve seul, en chasse patates, entre les 2 groupes. 

Km 54 - Contrôle 1 - St Césaire - 8h00 

Je rejoins les 6 vlimeux, partis sans crier gare, c'est la loi du randonneur d'icitte. Quelques uns entrent masqués dans l'Ultramarde, c'est pas pour un hold-up mais pour des gâteries à bouffer ou à siroter. Pour moi, ce sera un Perrier, une chocolatine pour tout de suite et un muffin pour grignoter plus tard, et hop dans ma petite sacoche avant. La madame du dépanneur ne signe plus les cartes postales, pour cause de virus. C'est pour cela qu'il y a un petit crayon de bois, jaune de chez Ikéa, fourni avec la carte de brevet, pour remplir nous-mêmes nos cases de contrôle. Y a juste à mettre l'heure et nos initiales. Aisé, pas dur. 

C'est quand même intelligent, un randonneur ...

Ravito à St Césaire pour le 1er groupe

Les 4 autres de la troupe disloquée arrivent quelques minutes plus tard, la roue d'Olive est remise à neuve, good job les guys. Nerveux à l'approche de la prochaine étape côteuse, l'ami Gaby tire sa révérence, lâchant la célèbre phrase: catch me if you can ! Je repars à mon tour, poursuivi par le groupe des 5, pas les 4 derniers, vous me suivez là !

Jusque là, tout va bien

Km 63

Vers St Paul d'Abbotsford, sur la sympathique piste cyclable de la Route des Champs, nous filons plein gaz, emmené par Michel G. Yves et Richard le relayent de temps à autre, Jean et Marcel jasent tranquillement. Quant à moi, je m'accroche comme je peux à leurs basques, je trouve ça un peu rapide dans les faux plats. C'est qu'il y a encore des bornes à parcourir jusqu'à ce soir.

Km 76

Au bout de la piste, nous arrivons dans les rues de Granby puis reprenons une autre vélo-route. C'est là que Jean porte une accélération, accompagnée de Richard, sans Peur, duc de Normandie. Marcel et Yves font le forcing pour rejoindre les fuyards. Michel G s'est fait surprendre, il me dépasse et continue à son rythme. Je décroche gentiment. Ça tombe au bon moment, j'avais prévu de m'arrêter pour couler un bronze dans les parages. 

Ah, les envies du randonneur ...

Km 80

Ouf, voilà le Vélogare salvateur ! Je me précipite dans les toilettes pour déposer le bilan. Que ça fait du bien, je vais repartir plus léger. J'en profite pour relaxer sur un banc avant d'attaquer les côtes autour de Bromont. Je grignote mon muffin, me crème les fesses et repense à l'attaque soudaine du président. Quand il se sent bien, il appuie sur les pédales. Si tu n'as pas la force de suivre, tant pis pour toi. C'est chacun pour soi et exit les faibles.

Vélogare salvateur du dépôt de bilan

C'est dans ces moments, que la solidarité des membres des clubs cyclos européens, me manque. Je me remémore le superbe récit de JF Le Strat lors de son dernier PBP 2019. Il raconte le périple avec sa gang de 8 hommes et femme, le G8 du Club Cyclo de Guipavas, ayant l'objectif de rallier l'arrivée tous ensemble. Il leur a fallu de la discipline mais aussi de l'entraide, toujours protéger les moins bons et faire mener les plus forts. Que c'est beau cet esprit d'équipe, quelle belle récompense de franchir tous unis le fil d'arrivée, malgré les embûches rencontrées. 

Bon ben, retourne dans ton pays, le smart ! 

Ah, le dégout du randonneur immigré ...

J'ai rêvé d'un autre monde ...

Km 88

Un dernier tour de piste le long du lac Boivin puis je débarque sur la 112. Les côtes débutent par un virage à droite, sur le chemin de Saxby. Je mouline relax, les jambes tournent bien sans faire monter le cardio, je suis dans ma zone de confort. Je déboule ensuite sur Bromont, apercevant au loin les gros monts. C'est là que j'ai fait du vélo de montagne, le mois dernier avec fiston. Celui qui a effectué MTL-QC avec moi en 3 jours ! 

Km 96

Voilà donc Bromont, sa zone de restos, de magasins et d'hôtels. Le soleil se fait plus intense, l'asphalte chauffe. Cette semaine, j'ai légèrement monté mon tube de selle, ce qui me permet de grimper assis avec plus d'aisance et de puissance. Auparavant, j'avais besoin de me lever pour soulager les jambes. Génial réglage ! 

Ah, les petits trucs du randonneur ...

Km 100

Crotte de bique, un panneau annonce la route barrée à 2 km sur le chemin Brome. Ce n'était pas prévu sur le road book. Je m'y engage quand même en espérant que ça va passer. 

Construction sur le Chemin Brome

Km 102

Effectivement, il y a un beau trou au milieu de la chaussée. Des bulldozers travaillent sur un pont souterrain traversant la route. 

Ah oui, y a plus de route !

Heureusement, un chemin a été aménagé pour faire passer les cyclos, quelle excellente idée ! Je contourne l'obstacle en marchant dans la garnotte mais cela m'a évité un détour. 

Fiou, y a un chemin de contournement

Km 105

Encore un petit changement au parcours, bifurcation à gauche vers le village de Bondville. Jean veut nous faire éviter un bout de 104, encore une bonne initiative. Il se bonifie avec le temps, merci Ride with GPS ! Je longe donc le lac Brome, offrant de jolis points de vue. Puis je file vers le deuxième contrôle de Knowlton.

Km 115 - Contrôle 2 - Lac Brome ou Knowlton - 10h56

Je rejoins l'IGA mais je ne rencontre pas mes potes de brevet. En revanche, il y a une belle file de gens masqués pour entrer dans le magasin. Je fuis donc de là pour chercher un endroit plus propice à la pause, sans trop attendre. J'aperçois un Tim juste en face ou mes compagnons se sont justement arrêtés pour se restaurer. Le groupe d'Olivier a opéré la jonction avec le groupe de Jean, ils étaient pourtant derrière et ils ne m'ont pas doublé. Bizarre, ils ont dû me passer lors de mon arrêt sanitaire à Granby. Gaby n'est pas là et Michel G non plus, ils sont sûrement en avant, à moins qu'ils ne fassent une pause ailleurs. 

Les temps changent, exit l'IGA, vive le Tim

Je vais chercher mon lunch au Tim, un croissant BLT avec coke et chocolatine. Suis chanceux, me dit Jean, il n'y a plus de file d'attente. Je m'installe sur les tables en plein soleil, c'est toujours mieux que rien. Tandis que je reprends des forces pour les fatigues à venir, un premier groupe repart, formé de Jean, Marcel, Richard, Yves et Stéphane. Ceux-là, je ne les reverrais plus. Quelques minutes plus tard, ce sont Olivier, Mitch et Ralph qui prennent le bord, m'abandonnant à mon triste sort. J'en ai presque la gorge nouée. 

Tu n'as qu'à pédaler plus vite, le smart ...

El mayo yaune surveille le repos des guerriers

Tant qu'à être tout seul, je déguste tranquillement mon repas. Puis je m'enduis de crème solaire, je change mon bandeau pour ma fameuse calotte, masquant mon crâne dégarni des rayons UV. Les heures chaudes s'en viennent. Repus, requinqué, revigoré, rhabillé, remaquillé, c'est un nouveau départ, Han Solo ! 

Ah, l'humour plate du randonneur ...

Ma pitance au Tim, y avait plus grand chose

Km 130

South Bolton, déjà 15 bornes que j'essaye de digérer en m'échinant dans les sautes collines de la 243, nouvellement asphaltée, oh joie ! J'ai du mal à déterminer si le vent me pousse ou me contre dans ce secteur. Une chose est sûre, c'est qu'il ne souffle pas fort, ce qui est appréciable, en solo. 

Km 134

Il n'y a pas d'air et je n'ai aucune sensation dans les jambes, peu de puissance, bizarre. J'avale quelques jujubes pour me donner de l'énergie. Le temps qu'elles passent dans le sang et elles font leur effet. Je me sens plus d'attaque pour enfiler quelques côtelettes jusqu'à ma prochaine pause, dans 10 bornes. 

Le célèbre dépanneur Fusée de la 243

Km 144

J'atteins Mansonville, que de people dans le bled. Tous les québécois font du tourisme au Québec. Des motos, des cyclos, des autos, des piétos, ils sont partout. Jamais vu autant de monde à cet endroit. C'est vrai que d'habitude, on ne fait pas ces brevets en période de vacances, ni en pandémie de Covid. Ceci explique cela. 

Les québécois passent leurs vacances au Québec

Vive l'été et la foule des touristes. Au dép habituel, je m'achète un Perrier que j'avale, accompagné de ma chocolatim. Tenez les muscles, voici un peu de fuel. Il en faut car la Scénic est pointée à 17 kms.

Reprise d'énergie à Mansonville

Km 148

J'attaque la vallée de la Missisquoi aux paysages verdoyants. Des hordes de vacanciers s'éclatent dans la fraîche rivière qui coule en contrebas. Pendant ce temps, je peine dans les faux plats et les côtelettes surchauffées. J'irai bien aussi faire saucette et trempette. Et bien non, je préfère me faire cuire à petits feux avant d'affronter the difficulté of the brevet.

Km 161

Voici enfin le juge de paix du parcours, Scenic Road et sa bosse de 3 km. Pas de panique à la Jamaïque, je commence l'ascension à la moulinette, sur le 26x27, soit un tour de pédale pour un tour de roue ! Doucement mais sûrement, je grappille chaque mètre de dénivelé, y a pas le feu au lac, comme on dit à Genève. Et cette chaleur qui continue d'extraire toute l'eau de mon corps, faut pas oublier de s'hydrater pour compenser.

Km 164

Altitude 350 mètres, ouf, toujours content d'arriver au sommet. Pour ensuite basculer dans la descente qui m'emmène directement à Abercorn. Gaby est déjà passé, maintenant ça va être dur de le rattraper. On roulera ensemble que je disais, ouin, mon œil !

Km 169

Abercorn et sa maison bizarre en face du croisement de la 139. C'est la remontée vers Sutton, j'ai soif, j'ai faim, je ne sais plus, j'en ai plein mon casque. Il est temps d'arriver au ravito.

Km 178 - Contrôle 3 - Sutton - 14h15

Il n'y a plus de Subway où je pensais m'arrêter. Je vais voir à l'IGA, des fois qu'il y aurait encore des breveteux égarés. Bingo ! Je salue Gaby qui est sur son départ. Dommage, on aurait pu rentrer ensemble, je ne négocie même pas. Lui aussi me disait, lors de notre MTL tour, qu'il n'était plus emballé à rouler de longue ride nocturne à vélo. Même chose pour l'ami Marcus, qui a même abandonné au dernier 400, fait rarissime pour lui dans ses innombrables participations aux brevets.

Le trio ROM repart de Sutton

Il reste aussi le trio ROM, Ralph, Olive, Mitch, de retour de l'escale technique. Ils ont déjà mangé et s'apprêtent à repartir aussi. Je vais me chercher ma pitance au magasin, masqué comme le concombre du même nom. Pour changer, encore un croissant BLT, coke et quelques amuses bouches, genre raisin fromage noix. À mon retour, l'affaire ROM trio se remet en route. Je prends machinalement quelques clichés, histoire de socialiser. Personne ne m'a demandé si ça allait, si je vais continuer sans problème ou si je vais mourir bientôt. C'est toujours chacun pour sa pomme. 

Ah, la tristesse du randonneur ...

La triste solitude du randonneur

J'ingurgite ma collation d'énergie. Même si je n'avais pas faim, je n'aurai pas d'autre choix que de mettre le charbon dans la fournaise. Sinon, pas de retour à vélo ! Allez mon gars, faut te remotiver ! Il te reste juste 135 bornes à pédaler. Deux mecs musclés en gravel bike, garent leur belle monture proche de moi, pour une pause ravito. Je les salue, me prépare et disparais du décor.

Km 180

Bonne côte à la sortie de Sutton. Comme on l'aime celle-là, l'estomac plein, les jambes coupées après l'arrêt forcé. Je commence l'étape inter-contrôle la plus longue, soit 87 km de routes ondulées puis plates, aux deux sens du terme. C'est à mon avis, la plus dure du brevet, car il fait gérer des haltes intermédiaires. D'abord pour se ravitailler, puis surtout en solo, pour maîtriser son esprit afin de ne pas craquer et tout crisser là. 

Ah, le mental du randonneur ...

Le mental du randonneur ... en piteux état

Km 192

Les vallons de la 215 terminés, je rattrape la 104 passagère. Devrait y avoir du vent contraire, bof, je m'en fous, plus rien ne me surprend. J'avale quelques jujubes, synonyme d'énergie, cela semble faire son effet euphorisant. Mais est-ce bien réel ou un est-ce un effet placebo, mystère et boules de jujube. Mon prochain arrêt est pointé à Dunham avec une crème glacée en récompense.

Une magnifique journée en Estrie

Km 205

De peigne et de misère, je me traîne jusque Cowansville. Ma moyenne générale était montée à 28 ce matin, grâce à la dynamique du peloton. Elle a maintenant descendu à 25, mais ce n'est plus dans mes préoccupations, désormais. Encore un petit effort sur la 202 bien asphaltée, elle aussi, bravo Québec. Bientôt la pause, oh joie !

Km 212

L'oasis de l'Ultramar de Dunham se présente enfin. Bien entendu, il n'y a plus personne, la fin du brevet va être longue. Je me mets un Perrier dans le gosier, un autre dans le porte bidon, j'avale mon magnum framboise. Il ne reste plus trop de place pour la 2ème moitié du croissant BLT de Sutton. Zou aux poubelles, j'ai mis un autre sandwich en réserve dans ma sacoche. Je récupère et me prenant en photo. Ce sera rigolo de revoir ce moment de décrépitude, dans quelques jours. Puis je repars.

Moment de décrépitude

Km 214

Je poursuis sur la 202, ça chauffe encore, 30 degrés au Garmin. Peu de zone d'ombre, tanné du soleil, tout comme ma peau ! Toujours penser à boire pour ne pas se faire prendre par la déshydratation. C'est la route des vergers, ça me distrait un peu.

Km 224

Bifurcation à droite à Stanbridge, je remonte plein nord. Le faible vent doit m'être favorable, il le faut, c'est psychologique. J'enchaîne les fameuses routes plates parmi les fermes et les champs. Faudrait voir pour un autre retour, plus attrayant, mon cher planificateur de parcours. Le prochain but est fixé, c'est Farnham dans 25 bornes. On y croit, on se bat. Qu'est-ce que je fous là ? Je rêve d'être chez moi, dans mon canapé devant la téloche, à siroter une bonne bibine bien fraîche.

Pendant ce temps, à Stanbridge

Km 232

St Ignace, c'est long. Je n'arrive pas à monter la moyenne, 24 est ma zone de confort. Je n'essaye même pas de forcer le rythme. L'idée, c'est est de finir ce brevet. 

Ah, la patience du randonneur ...

Km 249

Enfin la bretelle de contournement de Farnham, je ne m'arrête pas au Tim, faut faire un détour ... de 200 mètres. Flemme flemme, comme dirait fiston ! Je pose mon Piuma à l'ombre sur un pont, il a droit au repos, lui aussi. Je m'enfile le Perrier du porte bidon et la moitié du sandwich de Dunham. Plus que 16 bornes jusque St Césaire, je vois le bout du tunnel.

Le repos du Piuma, grrrr

Km 255

Je suis à nouveau motivé, les kilomètres s'égrènent, plus que 10. Les ombres envahissent la route. C'est la fin de l'après-midi, youpi !

Km 265 - Contrôle 4 - St Césaire - 19h03

J'entre dans St Césaire en attrapant la Route des Champs pour déboucher direct sur le Subway. Je n'ai plus envie de sandwich mais de trucs plutôt liquides, comme une soupe au poulet nouille, de la compote de fruits et du Pepsi bien frais. En prime, je refille mon Camelbak d'eau et de glace avec une nouvelle pastille de sodium, s'il vous plait.

Je mange dehors puisque c'est interdit dedans. Assis et adossé au mur, j'aperçois Ralph, solitaire, à la dérive, lui aussi. Il me dit qu'il souffre de la chaleur, qu'il est pas mal rincé et qu'il trouve ça difficile. Il a rejoint Gaby, et Mitch je crois, au McDo, ils se restauraient. Ils sont repartis depuis 20 minutes et lui rentre solo. Je lui souhaite bonne route puis termine mon repas. C'est délicieux une soupe bien salée. Et la compote, bien fraîche, encore un excellent choix. Je positionne mes lumières avant et arrière puis c'est parti pour le rush final, les dernières 48 bornes.

Ralph, en trio à Sutton, en solo à St Césaire

Km 270

La température a enfin baissé, le soleil descend sur l'horizon. C'est redevenu agréable, tout comme ce matin, au même endroit, sur la Route des Champs. Les forces sont revenues avec les glucides ingurgitées, l'eau fraîche de mon Camelbak est bien appréciée. Le vent est quasi nul, ça roule parfaitement sur la piste.

À la fin du jour, sur la Route des Champs

Km 278

Je stoppe pour changer mes écouteurs Bluetooth par des filaires, la batterie a rendu l'âme après 14 heures de service, un exploit. Je me tartine une dernière fois de crème à cul puis m'enfonce dans la nuit, m'enveloppant de son manteau obscur. Le goût d'écrire des poèmes me reprend soudainement. Pour le moment, tout ce que je reprends, c'est  la 112 à Marieville.

Km 286

Richelieu est atteint, la nuit est tombée, je saisis l'instant sur la pellicule numérique. Y a du trafic sur la 112 traversant Chambly. Heureusement, ça roule aux toasts, j'ai repris du poil de la bête.

L'arrivée de la nuit me sauve de la chaleur

Km 292

Je quitte la dangereuse mais éclairée 112 pour reprendre le chemin Bellerive, dans la noirceur totale, ce n'est pas plus sécuritaire. Deux autos derrière moi s'impatientent, la deuxième klaxonne la première, je semble les déranger. Partageons la route, qu'ils disent sur le panneau. Pourtant mes lampes fonctionnent à merveille et je me fais tout petit sur le bord de la chaussée. Mais je suis peu de chose face aux monstres d'acier, encore plus excités par un samedi soir.

Km 294

À Carignan, détour comme je l'avais prévu et mentionné à Jeannot. J'y étais passé cette semaine en sortie d'entraînement. Bifurcation donc par Juliette. Marielle m'appelle sur mes écouteurs, je lui parle sur mon main libre. Elle me croyait déjà arrivé, je lui raconte ma dure journée. On discute quelques minutes, ça passe le temps en roulant.

Km 300

Yeah, le mur du 3x100 est franchi. Je rattrape Grande Allée, super motivé, puis le Quartier Dix 30.

Km 306

Lapinière, je sprinte pour passer Taschereau à la lumière verte. Je manque de m'enfarger sur une plaque d'égout bien enfoncée dans l'asphalte. 

Ah, le dégoût du randonneur ...

Km 312 - Contrôle final - St Lambert - 21h49

C'est l'arrivée au dépanneur, ouf, c'est terminé, ce fut compliqué. De retour vers mon condo, ma roue avant se plante dans une énième craque. Encore une fois, je l'ai échappé belle. Je tourne les clés de mon appart, la fête est vraiment finie.

Mon 15ème 300 bornes est bouclé !

Quand aux résultats des autres participants, c'est anecdotique. L'ami Super Fred a, une fois de plus, écrasé toute concurrence. Il a été suivi d'un groupe de 7 mercenaires, c'est toujours plus facile et plus rapide en peloton. Les 2 néophytes du jour, Yves et Stéphane ont bien performé, seront-ils attirés par d'autres aventures, encore plus longues ? 

Finalement, les 4 derniers arrivants méritent une mention spéciale, ce sont Mitch, Gaby, Ralph et Bibi. Par leur ténacité et leur abnégation de moines solitaires, ils ont terminé leur errance au sein de mère nature, et ont rallié la base, doucement mais sûrement. À eux, je dédie ce récit.

D'après le résumé du président, je n'ai pas dû participer au brevet, il n'est faite aucune mention de mon nom. J'ai donc dû faire un mauvais rêve, très certainement. 

Ah, l'Alzheimer du randonneur ...

(Note de l'auteur: Jean a ajouté mon nom à son résumé, suite à ma remarque ;-)

Épilogue

Ce n'est pas facile de réussir des brevets quand on n'a pas de motivation. Quand on n'a pas d'objectif à atteindre, pas de but qui nous aide à franchir le cap d’écœurement du trop plein de kilomètres. Heureusement, la force du mental peut aider à ne pas tout abandonner.

Il faut vraiment aimer le vélo pour pédaler 240 bornes en solo, et ne pas tout crisser là. Dommage qu'il n'y ait pas d'esprit d'équipe au sein du club. Ou des groupes par niveau, comme cela se fait dans certains clubs de cyclo-sportifs, genre les Increvables. Cela rendrait les longues distances plus attrayantes, moins exigeantes et plus rassurantes pour les débutants. La devise serait, on part ensemble, on reste ensemble, on souffre ensemble, et on rentre ensemble. Il est permis de rêver.

Rendu à mon 15ème brevet de 300, sur un parcours quasi inchangé en 9 ans, une certaine lassitude m'a envahi. Pour me changer les idées, j'irai bien faire un MTL-QC, la semaine prochaine. 

Avec ou sans Gaby ! Peut-être qu'on roulera ensemble ...

Mes stats sur Strava

Lire aussi les pertinentes observations et réflexions d'un ami cyclo suite à ce petit récit sans prétention, il y aurait matière à débat, le sujet est lancé ...

lundi 13 juillet 2020

MTL-QC 2020 en 3 jours avec Alex


Titre
Le film est déjà dans les salles ...
Réveil 4h30 avec fiston Alex à mes côtés, je le laisse dormir jusque 5h, le temps que je prépare le déjeuner et les dernières affaires pour notre grand périple. Nous avons décidé d'effectuer à vélo, mon traditionnel parcours annuel de Montréal à Québec, en version 3 jours. C'est une première pour Alex, et pour moi aussi ! En effet, j'ai déjà roulé ce parcours plusieurs fois en 1 journée, une fois avec Marielle en 2 jours, mais c'est la première fois que je le ferai en 3 étapes. Je suis donc un peu anxieux. Et Alex peut-être aussi !

Ces 2 Philippe là n'ont pas l'air très anxieux !

Depuis le temps que je planifie ce projet familial, le D day a enfin sonné. Je checke une dernière fois la météo pour aujourd'hui, ça s'annonce plutôt bien, vent d'ouest faible et surtout favorable, pas de pluie de prévue. Pour les 2 autres jours, ce sera la loterie, peut-être des gouttes d'eau et le vent tournera possiblement. 

J'ai demandé à mon fissounet de s’entraîner les jours précédents notre départ. Il a donc roulé presque 130 km, en plusieurs sorties. Je lui ai même ouvert un compte sur Strava pour suivre sa progression et l'encourager. J'espère que ce réveil musculaire lui sera bénéfique et que tout ira bien. 

Entraînement d'Alex avec sa mère avant notre périple

Pour l'heure, il nous faut prendre des forces. Nous avalons notre copieux petit déjeuner, gruau bananes pour bibi, gaufres nutella pour fiston. Nous sommes prêt à faire feu, il est 6h pétantes.

Prêt à faire feu, Alex essaie d’éteindre l'incendie


Road book - Day 1

La caméra commence à tourner les premières images de notre voyage, nous avons le projet de faire un montage vidéo.  Alex a emporté son drone, il fera des prises de vue aériennes pour agrémenter le film. Nous donnons les premiers tours de roues sous un ciel nuageux, tant mieux, il ne fera pas trop chaud en ces temps de canicule. Nous empruntons Victoria, pas mal déserte à cette heure matinale puis allons chercher la grimpette du pont Jacques Cartier. 

St Lambert city, nobody in the streets

Harnaché de mes 2 sacoches latérales arrières Vaude, je prends la mesure du chargement. Il va falloir jouer du dérailleur au début, par la suite, je m'habituerai. Alex ne transporte rien, hormi son drone dans la sacoche de son porte-bagage. J'ai voulu qu'il soit le plus léger possible et aussi qu'il soit autonome lors ses tâches de pilote-vidéaste. 

Alex au loin, léger comme une plume. Moi, chargé comme un baudet

Le pont sur le St Laurent franchi, nous voici sur l’île de Montréal. Nous rejoignons la route 138 qui n'est autre que la rue Sherbrooke, nous devons la suivre sur plus de 20 kilomètres. C'est long car il faut passer les lumières, parfois rouges, en faisant attention à la police qui pourrait patrouiller. 

Arrivé sur l’île de Montréal, on cherche la 138

Voici le Stade Olympique, puis Montréal-Est et ses réservoirs de pétrole, pas très romantique ce coin-là. Le trafic n'est pas trop dense vers 7h, c'est super. Voilà la raison pourquoi je voulais partit tôt.

Stade Olympique sur la rue Sherbrooke, souvenirs ... 

Nous atteignons déjà la pointe de l’île que nous quittons par le pont de la Rivière des Prairies. Je demande à Alex de faire des images de drone avec moi roulant sur la piste cyclable au milieu des eaux. Fiston se positionne quelques centaines de mètres en avant et c'est parti, je suis un des acteurs principaux de notre voyage. 

Bye Bye Montréal !

Le drone entre en jeu, de belles vues aériennes

Je texte à mon pote Robert que nous allons bientôt arriver à Repentigny mais celui-ci m'informe qu'il ne sera pas au RV du Tim pour cause de symptômes de Covid, dommage. 

Km 34, il est 8h15, nous sommes dans les temps du plan de match, une heure d'arrêt de prévu. 30 minutes suffiront pour prendre notre Timatin, café, jus et beignes. Véro, la mère d'Alex, nous souhaite bon courage et me demande de mettre le tracker pour nous suivre sur le web, bonne idée. Je lance donc l'application FollowMee sur mon iPhone et c'est parti mon kiki. J'informe aussi Marielle, ma blonde, qu'elle peut aussi nous tracker, je lui envoie le lien par texto.

Au Tim de Repentigny, pas de Bob, victime Covid

Requinqués, nous repartons par la longue traversée de Repentigny, presque 10 bornes, avec des travaux en plus, donc petit détour impromptu. Puis c'est la belle 138 qui longe le fleuve. En ce début de matinée, c'est bien agréable. Fiston pédale d'une jambe souple alerte. C'est d'autant plus facile qu'Éole, maître des vents dans la mythologie grecque, nous aide à progresser. 

La belle 138 longeant le fleuve

Km 49, petite pause à St Sulpice pour profiter du paysage et se désaltérer, on n'est pas pressé. 

La 138 emprunte souvent le Chemin du Roy

Un fleuve au cœur d'un continent, dixit Jacques Cartier

Km 57, autre halte touristique dans la charmante localité de Lavaltrie, il est 10h30. On se met de la crème solaire et on avale une banane. Alex fait voler son drone pour récolter quelques belles images de l'endroit, comme la piscine au bord du fleuve et le passage entre les 2 clochers de l'église. 

Crème solaire pour fiston, je le bichonne

Mavic va explorer les environs

Joli passage entre les clochers de l'église

Km 68, voici Lanoraie, ça commence à chauffer alors on fait refroidir le moteur. Il faut que je ménage mon partenaire en le motivant par de petits buts à atteindre. Aussi, nous prenons ça très relax, vive les vacances !

Alex est motivé, Éole nous donne un coup de main

Relax Max, c'est les vacances

Le fleuve attire Alex

La prochaine étape sera donc culinaire, au McDo de Berthierville, une récompense toujours gagnante pour mon ado, accro des fast-food. 

D'autres cyclos filent aussi vers Québec

Berthierville, 2ème objectif de la journée atteint

Après 16 bornes de rushs intenses, nous garons et attachons les vélos au temple de la malbouffe du km 83. Il est justement midi, l'heure du lunch, 60 minutes de pause y sont consacrées. Dans ce lieu publique, les mesures de distanciation sont bien établies. Nous commandons notre pitance et remplissons nos gourdasses d'eau bien fraîche. De dé...licieux hamburgers-frites viennent tapissés nos estomacs. Hum, que de bonnes glucides, protides et lipides pour reconstituer l'énergie de nos muscles. En revanche, c'est un peu lourd à digérer. 

McDo avec un ado, c'est toujours winner !

Repus et reposés, nous reprenons notre escapade en passant par le centre de Berthierville. À la halte nautique, Alex effectue quelques prises de vue avec son drone, plans sur les bateaux de la marina et des rues du village.

Mavic se prépare au décollage

Envole-toi dans les airs, je le veux !

Vue psychédélique de la marina

Dernier objectif du jour, rejoindre le motel de Louiseville, distant de 28 kms. Nous franchissons l'overpass de la 40 sous une chaleur qui commence à monter sérieusement, 30 degrés s'affichent sur mon Garmin. Heureusement poussés dans le dos, nous filons à 25 de moyenne à travers champs. 

Overpass sur la 40, bombardé de rouille

Vent arrière dans les champs, ça fonce

Km 98, pause crème glacée bienvenue à St Barthélémy Station. À l'ombre sur un banc, ça fait du bien de dissiper la chaleur. On reprend pour la dernière ligne droite par Maskinongé, km 105. 

Un peu de fraîcheur et de bonne humeur sous cette chaleur

Louiseville en vue, on approche du but 

Alex aperçoit une vache sur un toit, crèmerie de Maskinongé

Très vite se profile notre lieu d'étape pour la nuit, le chaleureux motel Normandie, avec 114 bornes au compteur sur les 111 prévus, moyenne de 22 à l'heure, il n'est que 15h.

Course avec un truck, c'est aussi ça, la 138

Déjà arrivé au motel Normandie, c'est de la rigolade !

Le gérant de l'hôtel, un gentil asiatique, nous donne les clés de notre sésame. Nous allons nous installer dans la chambre 3 comportant 2 lits doubles, TV, clim et douche. C'est l'heure de se refaire une beauté et de sentir bon, le temps commence à se couvrir de nuages noirs. Nous hésitons à repartir dans le centre de Louiseville pour casser la croûte. Nous commandons donc une pizza 12 pouces chez Stratos, super bon d'après l'expérience d'Alex. Notre souper est livré pour 18h, nous engloutissons nos parts de pizza pepperoni. 

Notre chambre avec 2 lits doubles

Une pizza dans l'estomac, découvrons les environs

Pour digérer et entre 2 averses, nous allons explorer les lieux terrestres et aériens, merci drone DJI Mavic de 249 grammes, juste à la limite des 250 pour ne pas posséder de licence et d'immatriculation. En soirée, je communique avec Véro et Marielle, puis réserve l'hôtel pour l'étape de demain par Booking.com. Ce sera à Portneuf dans 109 bornes vers l'est. Je checke la météo pour les prochaines heures, elle s'annonce moins favorable qu'aujourd'hui. Mais demain est un jour nouveau, nous nous ajusterons en temps et lieu. Pour finir la soirée, j'allume la TV distillant un peu de bonne humeur pour me distraire. Alex s'éclate sur ses jeux et ses vidéos YouTube, notamment celle avec la chanson du tricératops. Puis extinction des feux vers 23h. Bonne nuitée les petiots. 

Les averses se déversent en soirée

La définition parfaite du motel, directement sur la 138

Détente avant dodo, téloche et réseaux sociaux

Le résumé d'Alex :
Jour 1, le départ. Je suis motivé et on traverse MTL sans problème. Rendus sur la 138, toujours le vent dans le cul ! À Berthierville, on prend des forces. Arrivés à Louiseville, nous sommes peu fatigués et dormons.

Stats - Jour 1

Jour 2 - Mardi 14 Juillet


Réveil 7h au motel Normandie de Louiseville, cette Normandie qui me rappelle la France. Ça tombe à point puisque c'est aujourd'hui la fête nationale dans mon pays natal. On y célèbre l'anniversaire de la Révolution, la fameuse prise de la Bastille du 14 juillet 1789, cocorico ! Les news de la TV du matin en parlent et annoncent aussi une météo locale pas mal moins favorable que la veille. Tel qu'aperçu hier soir, le vent a décidé de souffler vers l'ouest, avec de bonnes rafales, ce qui va contrer notre progression vers l'est. La bonne nouvelle est qu'il ne devrait pas pleuvoir malgré un ciel fort nuageux. 

Sortie énergique de la chambre 3, Alex est affamé

Fiston se réveille tranquillement, je ne lui parle pas de la dure journée qui nous attend. Il se plaint un peu de ses cuisses les 114 bornes d'hier ont laissé des traces. Je lui prodigue un petit massage sur les quadriceps et les mollets, de quoi le faire repartir pour une nouvelle étape. Je remballe nos affaires dans la chambre 3 et pour 8h15, nous prenons un nouveau départ pour aller déjeuner. 

Départ sur les chapeaux de roue ... pour le déjeuner

Road book - Day 2

Nous repartons officiellement du km 111, tel qu'indiqué sur notre road book, ça motive de penser en kilométrage cumulé de notre voyage. Un seul petit km est à pédaler pour rejoindre le Tim du centre ville. Déjà, nous constatons qu'une force invisible nous pousse à appuyer plus fort qu'hier pour avancer, ça plante le contexte de la journée. De bons Timatin numéro 6 arrosé de café ou de smoothie sont les bienvenus dans nos estomacs, il va nous falloir du fuel en masse aujourd'hui. L'objectif du moment est de rejoindre Trois Rivières distant de 39 kms, une chose à la fois, c'est la manière de ne pas se décourager.

Un kilomètre pour rejoindre le Tim, miam miam numéro 6

On remet en route pour traverser Louiseville, une auto se rapproche dangereusement de moi en passant dans une zone de travaux. Fiou, ça a passé proche ! Nous revoici au milieu des champs, offerts complètement aux éléments venteux. Je conseille à Alex de bien se protéger derrière moi, de se mettre dans ma roue, comme on dit en jargon cycliste. 

Chauffard à Louiseville, ça a passé proche !

Vent de face, ce sera pas une journée facile

Nous dépassons une famille de cyclos qui peine comme nous contre Éole. Ce sont 2 tandems chargés de bagages, le premier avec le père et le cadet, le deuxième avec la mère et l’aîné. Cela motive Alex qui s'aperçoit que je ne suis pas le seul parent à faire partager sa belle passion pour le voyage à bicyclette.

Vive le vélo familial !

Première pause après 10 kms dans le village de Yamachiche, km 121, dans un parc de jeux. Fiston va se défouler énergiquement dans le tourniquet, il ne se plaint pas de ses cuisses, tant qu'il s'éclate. Notre ride n'avance pas vite mais on a toute la journée, doucement mais sûrement, on va y arriver. Nous voyons repasser la petite famille à vélo, elle doit suivre certainement le Chemin du Roy.

Doucement mais sûrement, on va y arriver

Nos tandems familiaux nous repassent à Yamachiche

Nous poursuivons sur la 138 complètement éventée en rase campagne, on s'arc-boute sur nos machines, Alex s'accroche sans trop broncher. Pour se donner du peps, mon fissounet fait jouer en boucle sur ses écouteurs, son unique chanson favorite, la fameuse toune du tricératops. C'est extrait d'une vidéo Youtube qu'il affectionne, avec des mots plus ou moins corrects, réalisé par un jeune français de la banlieue parisienne qui s'insulte lui-même car il a cassé sa lampe en disant ses conneries. Bref, un truc de djeunes !

C'est la toune du tricératops et de son compte Twitter ...

On retrouve le fleuve bien éventé, et la famille à vélo !

Nous nous rapprochons à nouveau du fleuve, nous l'avions quitté hier depuis Berthierville. Au km 133, nous arrivons au magnifique site du Sea Schack du lac St Pierre. C'est un endroit bien connu pour moi lors de mes MTL-QC, j'y fais une pause rituelle. La halte routière propose des toilettes, une fontaine d'eau et surtout, un joli point de vue sur le St Laurent qui s'élargit pour former le lac St Pierre. 

Pause appréciée face au Lac St Pierre

Deck à l'ombre, toilettes et cantine à poissons

Alex sort son drone et c'est reparti pour de belles images du rivage. Il fait attention à ne pas faire emporter son engin au large, à cause des grosses rafales qui soufflent par moment.

Mavic repart affronter les rafales dans les airs

Passage sur la plage, tel un oiseau

Site toujours apprécié pour se relaxer

Après ces moments de détente, nous reprenons notre effort dans le vent. Nous rattrapons un ado sur son vélo hybride qui en arrache aussi contre les éléments. Il s'accroche à notre train après l'avoir dépassé, ça ne me dérange pas qu'il profite de notre sillage. Les faubourgs de Trois Rivières ont commencé, nous traversons de gros centres d'achat. 

Vent de face, objectif 3 Rivières

Dépassement d'un ado qui suivra la locomotive Pascal

Un scooter sur la piste, why not Coconut !

Mon GPS se perd comme d'habitude en s'approchant du centre ville, il ne reconnait pas un sens interdit ou il veut me faire passer. Je cherche la 138 en prenant un autre chemin qui nous fait déambuler dans les petites rues. Je peste contre mon Garmin 1030 à 800 piastres, ce qui fait bien rire mon Alex. On finit quand même par retrouver notre parcours initial. 

Trafic dans 3R et ses centres d'achat

Km 150, nous ne sommes plus loin du McDo, dis-je à fiston, malheureusement, il n'est pas là ou je le pensais. C'est donc au Subway ou je vais d'habitude que nous allons reprendre de l'énergie. Il est midi, c'est l'heure du lunch. 6 pouces steak-fromage pour bibi et 12 pouces dinde-jambon pour mon équipier, il est affamé le bougre ! Nous remplissons nos bidons d'eau fraîche avec glace, c'est bien apprécié. Je constate qu'il reste 70 bornes à parcourir, vent de face, il va falloir motiver les troupes. 

Il est bien ton McDo de 3R !

Désolé fiston, c'est bien aussi le Sub ... au pain qui pue ! 

C'est reparti par les artères qui nous sortent de 3 Rivières. En ville, le vent est moins agressif. On retrouve cette belle route 138, verdoyante, longeant le fleuve, parsemée de belles maisons. L'accotement est bien pavé et c'est totalement sécuritaire. 

Franchissement de 2 des 3 Rivières

Retour sur la charmante 138, Québec se rapproche

À l'occasion d'une pause pipi, Alex veut essayer mon bécyk chargé. Nous échangeons donc nos montures sur quelques centaines de mètres. Pas dur, qu'il me dit ! C'est certain que mon vélo roule bien sur le plat, réessaye quand on attaquera les côtelettes. mon ami !

Échange de bécyk, il est bien mon Piuma, hein fiston !

Nous dépassons une cyclote sur son beau vélo de course, elle peine aussi avec moins de 20 à l'heure au compteur. Bien calé dans ma roue, Alex suit la cadence. La prochaine pause est fixée à Champlain, km 169, une propice halte routière ou nous nous reposons dans l'herbe. La petite cyclote arrive à son tour et vient se mettre sous un arbre à nos côtés, en pianotant sur son cell. Tout le monde se relaxe avant de reprendre son chemin.

Une autre halte routière au bord du fleuve 

Ne jamais oublier de se désaltérer

Le zéphyr redouble d'intensité en pédalant le long du fleuve, tout dépend de la direction que nous prenons, notre itinéraire n'étant pas une ligne droite. Nous atteignons Batiscan dans la douleur, Alex réclame une pause qui tarde à arriver. Je cherche un bel endroit pour faire des images spectaculaires, ce sera au mouillage de Batiscan, km 180, il est 14h30. 

Alex s'arc-boute sur sa machine et envoie les watts

Enfin Batiscan, les drapeaux flottent au vent ... contraire

C'est quand qu'on arrive ? Pause dans 500 mètres ...

Fiston fait décoller son drone pour prendre de superbes prises de vue du littoral. Il nous filme aussi en vue aérienne et circulaire, deux cyclos attablés et gesticulant comme des damnés pour les besoins du film. Je consulte Google Maps sur mon cell car j'ai aperçu une pancarte de pont barré à 2 kms. J'espère que ce n'est pas celui sur notre route 138 car cela nous forcerait à un détour de 15 bornes, il ne serait pas le bienvenu dans notre programme. 

Alex souffle pendant que Mavic prend le relais

Fait comme l'oiseau !

Belle carte postale de Batiscan

Nous repartons donc vers le fameux pont métallique avec un doute persistant. Je suis vite rassuré quand je vois quelques motos partir dans la direction de l'obstacle et ne pas revenir, ouf ! Nous franchissons donc ce passage que je n'apprécie guère car le pont peut être très glissant par temps de pluie. Heureusement, il fait beau, deuxième ouf !

Oups, pont barré à 2 bornes ?

Ouf, ça passe, pas de détour de 15 kms

Prochain arrêt ravito prévu à Ste Anne de la Pérade. J'apprécie m'arrêter au Métro pour y trouver la fraîcheur de la clim, des boissons gazeuses et quelques délicieuses gâteries récupératrices. Nous ressortons du magasin avec Coke, Ice Tea, Kit Kat et une barquette de fruits coupés que nous engloutissons d'un trait. Refill d'énergie imaginaire à la borne électrique et nous revoilà partis pour la prochaine étape. Il reste une trentaine de bornes, il est 15h30. Mes craintes du matin de ne pas atteindre l'objectif se dissipent, ça va le faire ! Go Go Go mon tricératops !

Prochain stop ravito à Ste Anne

Une bonne salade de fruits, c'est santé 

Hey Papounet, t'as vu le tacot vert ?

Nous passons sur le pont de la rivière Charest avec la majestueuse église de Ste Anne en arrière plan, j'aime aussi beaucoup cet endroit. La belle lumière de l'air frais du fleuve ravive les couleurs de la journée. 

Magnifique vision de l'église au bout du pont

Nous dépassons Grondines, km 193, alors que le vent redouble d'intensité. Il faut se mettre debout sur les pédales pour gagner mètre après mètre. Des injures et autres sacres fusent contre cette force malfaisante qui veut nous repousser. C'est aussi le début du relief et des côtelettes. Je suis bien content de les rencontrer car cela signifie moins de vent. Et lorsqu'on souffre dans le dénivelé, nous savons pourquoi on en bave, c'est pour vaincre la gravité !

Ostie de tabarnak, jurons dans la bonne humeur 

Au km 198, la peur du pont barré revient me hanter. Cette fois, c'est bien sur la 138 qu'il se situe. Il y a un détour pour contourner le chantier, c'est seulement quelques centaines de mètres, donc pas de souci. 

La hantise du pont barré me trouble une nouvelle fois

La route 138 est effectivement coupée, mais détour mineur

Juste après, nous stoppons à la halte routière de Deschambault, km 212. Alex renvoie son fidèle astronef dans les airs pour nous faire découvrir le monde à la manière d'un oiseau. Il va survoler le pont brisé en réparation à proximité, son engin a en effet une portée de 2 kms, sans trop problème de perte de connexion. 

La complicité père-fils surprise par Mavic

Vue aérienne du pont brisé, le détour est à droite

Encore un joli point de vue sur la 138 et le fleuve

Il nous reste 7 petits kms jusque l'arrivée, je sens mon Alex bien décidé à en finir rapidement. Quelques côtes sont gravies à l'énergie. Nous voici à Portneuf, km 220 et une dernière difficulté vient se dresser devant nos roues. 

Portneuf en vue, on appuie sur le champignon

Wow, y'a des chevaux sous le capot, ça sent l'écurie

Juste avant l'hôtel portneuvois tant convoité, un petit raidillon se dresse comme ultime obstacle. Cela  casse les jambes du fiston, pourtant bien lancé dans la pente. Il finit l'ascension à pied pour manifester son écœurement. Ça y est, la fin de l'étape est atteinte, il est 18h, 110 km au compteur journalier, moyenne de 18, moins bien qu'hier, ce qui tout à fait logique. Cependant, nous avons réussi, bravo Chounka !

La dernière difficulté de l'étape, la bosse de l'hôtel

Content d'arrivé, j'en ai plein mon casque !

Maintenant, place au repos et au plaisir de se détendre à l'hôtel. Une gentille asiatique, comme la veille, nous donne les clés de notre chambre 102. Deux lits queen bous accueillent, ainsi qu'une bonne douche réparatrice. Mon fiston a les jambonneaux tout décâlissés, comme il aime le dire ! Un massage est encore à l’ordre du jour, tel des pros à la fin d'une étape du Tour ! Je fais rapidement un point des restos pour manger ce soir. Vu l'heure tardive, il faut se dépêcher si on veut reprendre des forces et reconstituer nos muscles endoloris. Les deux baraques sur la 138 sont fermées à 19h, il ne reste que la pizzeria qui ferme à 20h. Nous y fonçons à pied, pas envie de remettre nos fesses sur un vélo pour aujourd'hui.

Dans les brumes de la caméra, l'Hôtel Porneuvois est bienvenu

Petite marche d'un kilomètre pour visiter le charmant petit village côtier et nous installer à la terrasse de la pizzeria Paquet. Alex s'enfile une bonne poutine burger tandis que je me régale avec une poutine sauce spaghetti avec viande, arrosé d'une bière rousse locale. Miam miam, c'est bon, copieux, pas cher et servi par une charmante demoiselle !

Petite marche apéritive et visite du village

Poutine classique burger et poutine sauce spag

L'heure du dîner, c'est mon moment préféré

Bien content de notre souper, nous allons faire un tour sur le bord du fleuve pour filmer quelques images de la réserve ornithologique et du quai sur le St Laurent, tout proche. 

Chouette manoir dans le bled

Point de vue pour observer les oiseaux de la réserve

Le quai de Portneuf au crépuscule

Retour à l'hôtel Porneuvois, c'est son nom, pour nous étaler sur nos lits respectifs et vaquer à nos occupations favorites. Alex avec ses jeux sur cell, moi avec la téloche comme fond sonore. J'envoie quelques messages à Marielle, Véro et mes réseaux sociaux, FB, Messenger et autre Strava qui mémorise la randonnée du jour. C'est toujours encourageant de recevoir quelques pouces levés, c'est bon pour le moral. Je recherche aussi un moyen de locomotion pour rentrer de Québec à Montréal après notre voyage. Tous les moyens sont bons, autobus, train, location auto ou covoiturage, à suivre. 

Dodo vers 23h, demain est le dernier jour de notre belle aventure familiale, j'apprécie ce moment de complicité avec mon fissounet. 

La nuit tombe sur notre lieu d'étape

Repos récupérateur dans notre chambre aux 2 lits queen

Le résumé d'Alex :
Jour 2, vent dans la gueule toute la journée et démotivation de ma part, j'ai juste envie de rejoindre l'hôtel.

Stats - Jour 2

Jour 3 - Mercredi 15 Juillet


Réveil vers 7h sans cadran après une bonne nuit de sommeil dans nos lits Reine. Il fait beau, ciel tout bleu au dehors, pas de pluie annoncée, youpi. Hélas, le vent va rester d'est, donc va encore falloir se battre contre Éole aujourd'hui. Je laisse Alex émerger tranquillement tandis que je commence à rempaqueter nos minces affaires. Tout tient effectivement dans 2 sacoches, en compressant les vêtements. J'ai même pris 2 imperméables juste au cas ou on en aurait besoin, ce qui ne sera pas le cas. 

Remballage des affaires dans 2 sacoches

Pour 9h15, tout le monde est sur le pont pour un nouveau départ, prêt pour notre 3ème et dernière étape de notre périple MTL-QC 2020. Il n'y a pas de repas matinal servi à l'hôtel mais j'ai repéré hier une place à déjeuner, lors de notre arrivée au pied de la côte. Nous enfourchons nos montures et dévalons en roue libre les quelques hectomètres pour rallier le St-Alfred. 

Dévalons la côtelette d'hier, en roue libre

Le St-Alfred nous attend pour déjeuner

Une grosse gaufre crème fouettée-banane pour Alex et un déjeuner santé gruau-yaourt-bagel et fruits pour bibi vont nous caler pour le début de notre randonnée. Nous ne sommes pas pressés, nous n'avons que 65 kms à effectuer mais le parcours est jalonné de côtes. 

Gaufre crème fouettée et bagel gruau yaourt

Bien repus, nous nous offrons un petit détour par le quai aperçu la veille au crépuscule pour profiter de la vue sur le St Laurent. Les drapeaux flottent vigoureusement dans la brise. Alex se rend compte que le vent ne sera pas encore notre allié pour cette dernière journée. 

Détour touristique au Quai de Portneuf

Les drapeaux flottent vigoureusement dans le vent d'est ;-((

Road book - Day 3

Il est 10h15, km 221, c'est reparti par l'itinéraire officiel de la 138. Premier objectif, atteindre Donnacona et son redoutable mur distant de 15 kms. La forme d'Alex est plutôt bonne, même s'il se plaint de temps en temps de ses cuisses décâlissées. Il va finir avec  des quadriceps en acier, mon athlète de fils. 

Prêt à en découdre pour notre ultime étape

Le chemin traverse quelques vallons, nous dépassons Cap Santé au km 231. Une madame nous dépasse aussi à la faveur d'une ascension.

Alex se refait une santé à Cap du même nom

Oups, la madame va nous dépasser

On s'élance vers une grosse descente et voici la fameuse côte de Donnacona, km 234. Fissounet prend son élan, je lui ai conseillé de ne pas pédaler pendant qu'il se laisse glisser et garder son énergie pour l'ascension. 

Dans la descente, roue libre en position aérodynamique ...

... et dans la côte, on garde des forces pour atteindre le sommet

Le plan est respecté car nous arrivons sans problème sur les hauteurs du lieu, ou se dresse un immense centre d'achat avec tous les commerces du Québec. Il y a bien sûr un Tim ou nous allons compléter notre déjeuner, smoothie pour Alex et café pour moi, accompagné de croissants. 

Café croissant comme en France et smoothie comme au Québec

Nous poursuivons sur la route offrant de belles envolées sur le fleuve. À Neuville, la 138 nous ramène au niveau du St Laurent. Nous ne résistons pas à la tentation de nous y tremper les pieds, il est 12h30. Par un petit chemin dérobé, nous garons les vélos et allons marcher sur la grève découverte à marée basse. 

Alex déborde d'énergie après son 2ème tit déj

Il y a des côtes, et donc, de belles descentes, à fond la caisse

Charmante plage de Neuville par un chemin dérobé

C'est aussi une bonne occasion de faire voler DJI Mavic qui continue de collectionner de superbes images aériennes. Il filme notamment quelques arabesques avec une mouette et un sympathique panoramique sur Alex et moi, arborant nos jolis maillots PBP bleu blanc rouge. 

Deux touristes et leurs beaux maillots cyclos

Mavic aime surplomber la grève en poursuivant les mouettes

Elle est pas belle la vie !

Après cet autre moment de farniente, nous reprenons le fil du parcours. Fiston prend la caméra mobile et me filme un peu car c'est vrai que c'est toujours lui qui est en vedette. Quelques images insolites permettent de varier les sujets, ça change un peu d'Alex par-ci, Alex par-là. 

Pour une fois, c'est moi la vedette sur le vélo

Vue sur la roue qui fera plusieurs milliers de tours jusqu'à destination

Au km 251, nous quittons définitivement la 138, pour rejoindre le très officiel Chemin du Roy. Cet itinéraire touristique fléché emmène les voyageurs de Montréal à Québec par des petites routes pittoresques. Il n'hésite pas à quitter l'axe principal, dès qu'il le peut. 

Bye 138, welcome Chemin du Roy

Beaucoup moins de trafic par icitte

Au km 254, nous découvrons ainsi un bucolique coin de campagne, avec vallons et rivière, une petite route avec peu de trafic d'ou se dégage une douce quiétude. 

Vive le cyclo-tourisme 

Je conseille à mon vidéaste préféré d'enregistrer quelques prises de vue, je le laisse donc partir un peu en avant. Le drone vient ensuite me chercher pour me suivre en pédalant, de haut, de face, en rase motte, c'est génial cette technologie !

Alex, un pilote de drone de calibre professionnel

Merci Mavic pour ses images extraordinaires

Mais l'heure tourne et il nous faut continuer. Nous restons à pédaler sur le chemin du Roy quelques kilomètres. Une halte accueillante à l'ombre me semble un bon endroit pour pique-niquer. Il y a quelques panneaux expliquant l'histoire de la colonisation du Québec au 17éme siècle. Malheureusement, les maringouins ont aussi envahi la place et il nous faut déguerpir au plus vite si on ne veut pas se faire dévorer tout cru. 

Route tranquille et ombragée, propice à une halte

RV avec le passé, ou tout a commencé ...

... et se termine bien vite, faute aux maringouins !

Nous poursuivons donc par une belle côte à plus de 10% en plein soleil. Celle-ci, nous la gravissons à pied pour cause de construction et et de bulldozers obstruant le passage. Ouf, mon honneur de ne pas mettre pied à terre, est sauf. Nous rattrapons le chemin de la Butte et son rond-point du Calvaire au km 263. C'est là que nous tenons compagnie à Jésus sur sa croix, pour engloutir ce qui nous reste dans les sacoches. Ce sera une banane toute chaude, ainsi que quelques Joe Louis que nous traînons depuis Montréal. Nous avalons aussi pas mal de liquide pour étancher notre soif, nous effectuons même un refill d'eau à la fontaine bénie. 

La carte du Chemin du Roy

Jésus nous propose de grignoter à ses pieds

Pause du Calvaire, ce n'est pas si terrible que ça !

C'est reparti dans les faubourgs de Cap Rouge, on traverse le campus Notre Dame de Foy et débouchons sur le rang St Félix. Depuis un bon bout de temps, j'ai prévenu fiston que la côte de Cap Rouge est la principale difficulté de l'étape à franchir. Il est donc préparé pour le rude effort qui s'en vient bientôt. Une petite halte sous le pont de chemin de fer qui relie les monts de la vallée puis voici la terrible côtelette. 

Piste cyclable herbeuse traversant un campus

Course avec les cargos du St Laurent

Pont de chemin de fer franchissant la vallée

Avec mes sacoches chargées, je décide de passer la bosse à la moulinette. Alex fait de même en me suivant de près. Il est bien décidé à ne pas lâcher le morceau. Mon petit gars s'accroche jusqu'en haut, sous mes encouragements. Le fameux raidillon est ainsi franchi avec succès, son effort mérite toute mon admiration. 

Cap ... Rouge !!! À la manière de Carpentier

Zut, j'ai manqué les Beatles qui traversaient ...

À l'assaut de la terrible côte, Alex s'accroche jusqu'en haut 

Nous empruntons le chemin St Louis puis filons dans la descente vers l'Aquarium de Québec nous menant au vieux pont enjambant le fleuve, km 275. Nous sommes excités à l'idée d'arriver dans 10 kms, alors nous savourons ces derniers instants. Véro qui nous suit notre progression grâce au tracker, nous envoie son dernier soutien. 

Descente de l'Aquarium, heureux comme des poissons dans l'eau

Bien content de repasser sur la Rive Sud

2ème franchissement du St Laurent vers Lévis

On traverse le pont d'acier rouillé, par cette étroite passerelle d'un mètre de large. C'est toujours assez impressionnant, à cause du vide tout proche, à quelques centimètres de nos roues. 

Passage vertigineux sur le pont métallique

À la sortie du pont, à Parc-Chaudière, Alex décide de filmer les dernières images de notre passage sur la rive Sud. Le drone survole les 2 ponts, l'ancien dit de Québec, et le nouveau appelé Pierre Laporte. 

Le poste de pilotage du Mavic

Aperçu sur le trafic de Québec

Les 2 ponts de Québec dans toute leur splendeur

Nous continuons notre route à vive allure, Alex ne sentant plus ses cuisses, elle ne semblent plus toutes décâlissées. Voilà Charny, je propose à fissounet de fêter notre arrivée par une ultime collation au McDo, km 278. Pour lui, ce sera la célèbre poutine, et pour bibi, une bonne crème glacée sauce caramel. 

Alex mène la cadence, c'est le régional de l'étape

Une ultime pause McDo pour fêter notre arrivée imminente

Nous finissons en mode contre la montre, les 7 dernières bornes sur la piste cyclable bien connue. Plus rien ne peut nous stopper, même plus le vent d'est, toujours contraire. Nous débouchons dans les rues pavillonnaires de St Jean Chrysostôme, aussi appelé St Jin, dans notre jargon familial. Nous patientons à la dernière lumière de notre itinéraire, sur la chaussée et non sur le trottoir pour les piétons, comme le croit mon fiston. Je lui apprends que les vélos ont les mêmes droits que les autos, d'après le code de la route. La seule différence est qu'il faut bien faire toujours attention car nous n'avons pas de tôle pour nous protéger en cas d'impact. 

Plus que 2 bornes sur la piste de Charny, ça va le faire !

Dans les faubourgs de St Jin, le terrain de jeu d'Alex

Km 285, rue des Prunelles nous voilà, il est 17h. Véro la maman d'Alex, nous a réservé toute une surprise avec ballons de fête et franchissement de fil d'arrivée. Wow, tout un spectacle ! Nous nous congratulons fièrement pour notre exploit. 

1er Alex franchissant le fil d'arrivée, 2ème et dernier, son daron !

Bravo à tous, MTL-QC 2020 réussi

Alex se rue sur son chat  préféré, Tom dit Coulouce, la petite bête lui a manqué. Nous racontons quelques anecdotes de notre voyage aux hôtes qui nous accueillent. Nous avons fait 68 kms pour la dernière étape, moyenne de 18. Nous avons roulé 292 kilomètres en 3 jours, dont 1 jour avec vent dans le dos et les 2 autres avec vent de face. Ce ne fut pas facile pour Alex, pour réussir son premier MTL-QC, petite consolation, nous n'avons pas eu de pluie. 

Alex est ravi de retrouver Coulouce, qui se la coule douce

Véro nous a réservé toute une surprise, à la hauteur du défi !

Le résumé d'Alex :
Jour 3, nous sommes décidés d'arriver à Québec malgré le vent et les côtes. Arrivés au pont de Québec, l'envie revient et nous sommes déterminés. Arrivés à St Jin, c'est le bonheur entouré de chats !

Stats - Jour 3

Épilogue


Encore une fois, je suis particulièrement fier de mon fiston, il n'a que 14 ans et il n'avait jamais fait de ride de plus de 100 kms. La nature humaine est bien surprenante, je n'avais aucun doute qu'il était capable de le faire. Son corps s'est vraiment développé ces derniers temps, et il est encore en mutation. Pour le motiver, je lui ai raconté qu'à l'âge de 15 ans, j'avais fait 470 kms en 3 jours, en solitaire avec mes bagages sur le vélo. C'était le tour de mon département natal français, la Somme, tristement célèbre pour ses champs de patates et ses champs batailles de la guerre 1914-1918. C'était dans mon jeune temps, le début d'une longue carrière de cyclotouriste, jalonnée de multiples épopées.

Un cyclotouriste heureux

Pour l'heure, c'est douche puis récupération avec bière, rosé, brochettes au BBQ ! En soirée, nous regardons quelques rushs vidéos, drone et caméras, que nous avons filmés durant ces 3 jours, de quoi faire un bon montage. Voilà ainsi numérisés et même  cristallisés nos beaux moments d'efforts et de complicité, gravés pour la vie. En résumé, ce seront des souvenirs impérissables. 

Puis dodo pour tout le monde. Le lendemain, nous rentrons à St Lambert, notre point de départ, en covoiturage Amigo Express. C'est Éric qui nous ramène directement chez nous, moyennant un petit extra. Ainsi la boucle est bouclée, l'aventure est terminée. 

Notre prochain défi sera de refaire MTL-QC, mais en 2 jours cette fois ! 

Encore un MTL-QC de réalisé. Next !

Le film du voyage est une super Production Alex Pascal